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La géante et le Mexicain (réécriture)

Publié le par Eric Bertrand

Le géant (41) [1600x1200]

             Instantané du travail d’écriture ! La gestation d’un lire passe par un énorme travail de réécriture... L’exemple est sensible pour un article plus court comme celui daté du 30.05 sur ce blog que je viens de remanier. On mesurera la différence.

 

               Ça se passait dans les rues de Nantes ce week-end... La rencontre improbable entre une petite géante à l’œil de biche et un colossal Mexicain à la face burinée, sombrero sur le nez, dos vouté. Ils avaient rendez-vous ...

                Un grand chien mécanique à la queue frétillante, un grand chien bondissant, tout en ressorts, donne la mesure du bonheur. Conduits par la troupe Royal de Luxe qui leur imprime des mouvements gracieux, la petite Mexicaine et son chien se sont enfin levés et inclinent leur regard en direction du Quai de la Fosse.

                Pinocchio nargue le vieux Gepetto et la belle Galatée s’amuse de l’étonnement de Pygmalion... Dans la Cité des Ducs, le duo des marionnettes avance maintenant. Une impression de bonheur immense, de bonheur aérien, léger comme un battement de cils, passe en surplomb de la foule ébahie.

                La petite géante est pressée, elle contient mal son émotion et ses ficelles. Elle a fini sa sieste Place de la Petite Hollande, a frotté ses yeux, enfilé ses vêtements comme une grande, s’est empressée de prendre une bonne douche. Son chien sur les talons, la voilà qui danse et la voilà qui progresse le long de la Loire, face aux anciens chantiers de l’Atlantique. L’instant est unique, du côté de Trentemoult sur une longue barge, le grand « Campesino » arrive par le fleuve. Les yeux de la signorina sont émerveillés, elle joue des coudes, tourne la tête à droite, tourne la tête à gauche, les cils battent. Le battement des cils est un fleuve d’émotion.

                 Ca y est ! L’immense Mexicain est arrivé à bon port, plié en deux dans un container. Il se déplie. L’ombre masque le soleil. Les yeux clignent. Le sombrero bascule. Il se penche vers la petite fille, soudain si vulnérable. Musique ! C’est un film de Sergio Leone qui se joue sur l’écran du ciel. Les mains du Campesino sont aussi burinées que le visage.

                 Tout à l’heure, la petite géante pourra s’endormir paisiblement Place Saint-Pierre. Le souffle est tranquille, on dirait que la mer est montée jusque là et qu’elle joue à la foule silencieuse cet air cadencé et doux de la marée haute en été.

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Article du mois : « Baudelaire laboureur »

Publié le par Eric Bertrand

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Quand il est comblé de douleur,
Je fume comme la chaumine
Où se prépare la cuisine
Pour le retour du laboureur.

Les Fleurs du Mal (la Pipe)

           

             Malgré ses allures paresseuses de dandy souffreteux et ses humeurs noires de sédentaire, Charles Baudelaire est un laboureur infatigable. Le muscle nerveux, le poignet ferme, la tempe frémissante, il fouille inlassablement le champ du langage. Tout part du haut de l’échine chez cet athlète de la poésie qui est aussi un fou de sensations fortes. Le corps en lui palpite, quête, épie, écoute, traque, « mange des cheveux bleus ». Et le voilà qui lâche prise, quitte l’herbe rase, « le port », lâche le soc ou la quille et se déroute « vers de charmants climats ».

             Après la fatigue du champ, le soir venu, au lieu de fermer les yeux tout de suite et de s’abandonner à la paresse, le laboureur esthète recueille, écrase, ensemence et se fabrique sa fumette de poudre d’or : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or ». Les sens en éveil, les nerfs en pelote, « les poumons gonflés comme de la toile », « il met à la voile » et creuse les sillons de l’imaginaire. Le navire n’est pas « ivre » comme il le sera chez Rimbaud, il remue, retourne et fend la terre fertile ou le flot.

             Dans les poèmes des Fleurs du mal, la mer n’est qu’un prétexte, le bateau qu’une image. Derrière la chimère de l’océan, le poète laboureur qui étend enfin les jambes dans le calme de « la chaumine » respire la moisson d’une maîtresse, vide le fond d’un verre de vin, palpe le culot d’une pipe de hachish.

             Femmes, vins, pipes, ces capteurs de sensations s’emparent du solide laboureur. « Homme libre, toujours tu chériras la mer »… Il n’est plus qu’un contemplatif, un « hibou » méditant sur une terre magistralement labourée :

« Vous croyez être assis dans votre pipe et c’est vous que votre pipe fume. Une question : comment sortirez-vous enfin de cette pipe ? »

             Les poémes de Baudelaire fleurent bon l’Amsterdamer et la terre fraichement remuée... Laissons les derniers vers du poème : « les Hiboux » faire volute :

 

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
 Le tumulte et le mouvement ;
   
 L'homme ivre d'une ombre qui passe
 Porte toujours le châtiment
 D'avoir voulu changer de place.

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Le spectacle de « Gulliver mis en pièces »

Publié le par Eric Bertrand

Gulliver (112) [1600x1200]

                 Nous pouvons souffler... L’aventure des Gulliver est terminée et elle a finalement bien « levé ». Comme à chaque fois, au prix d’efforts multipliés et soutenus de la part de l’ensemble de l’équipe travaillant autour du projet... Une seule absente sur l’ensemble de la distribution, et encore, une jeune fille ayant choisi la fonction de « guide » qu’on a pu remplacer assez facilement.

                 Les déambulations ont pu être effectuées paisiblement entre les différentes salles du collège, réinventées pour l’occasion. Aux dires des parents (environ 150 répartis en 5 groupes, c’était un plaisir de revenir au collège de cette façon ludique)...

                 Les scènes ont chacune une forte autonomie, investissant très particulièrement les salles. Cuisiniers en salle d’anglais, plagistes en salle d’histoire géo, juges en salle de maths, laborantins en salle de SVT, citadins lilliputiens en salle d’Arts plastiques. Finalement, un grand moment de bonheur partagé et de soulagement...

Pour le plaisir une seconde scène offerte sur ce blog, celle des cuisiniers...

 

Scène 4

(Devant le palais royal, des chefs cuisiniers arrivent  à tour de rôle et commencent par un numéro de pub à l’adresse du public)

 

Lilli Tournebroche : venez manger chez Lili Tournebroche, la roue de la fortune des volailles, coq sportif, coq au vin et coq à l’âne ! A la fortune du pot, on trouve toute la fine plume du royaume chez Lilli Tournebroche ! Canards, pintades, poulets, chapons et dindons de la farce !

Lilli Tournedos : venez manger chez Lili Tournedos, la brochette des meilleurs spécialistes de viande rouge ! Les mateurs de taureaux, les toréros du bifteck, la terreur des buffalos ! Offrez-vous un rodéo chez Lilli Tournedos !

Lilli Of the valley : fleurs fraiches et fruits de saison chez Lili Of the Valley, le jardinier comme chez mère-grand ! Venez vous régaler chez Lilli Of the valley, fraises, framboises, groseilles, petit pot de beurre et cerises sur le gâteau !

Lilli Tranchedecake : la cerise sur le gâteau, c’est chez Lilli Tranchedecake. Le meilleur du gâteau débité en tranches fines pour le palais du Lilliputien, c’est chez Lilli Tranchedecake !

Lilli Kimcône : pour briser la glace et tomber en extase, fondez chez Lilli Kimcône, artisan glacier de père en fils... Vous vous ennuyez, n’avez plus de goût à rien ?... Alors chaussez sans plus tarder les patins de vos lèvres et venez danser sur la glace de Lili Kimcône ! Il faut à présent songer à nourrir la grande carcasse de l’homme banana splitz !

Lilli Tranchedecake : je propose une magnifique mousse au chocolat pour mettre en appétit le géant, ou bien encore une gigantesque forêt noire.

Lilli Kimcône : je suggère d’abord, afin de rassasier l’Homme Montagne, de lui servir une immense crème glacée, tellement immense qu’elle le dépassera !

Lilli Tranchedecake : et j’ajouterai volontiers, tout au sommet, les pépites au chocolat dont j’ai seul le secret !

Lilli Kimcône : les miennes, je vous le garantis, sont les meilleures ! Vos pépites, mon cher, sont minuscules... elles ne brillent que pour les yeux de nous autres Lilliputiens ! Mais il faut à notre géant de géantes pépites ! Les miennes sont des corps célestes, les étoiles de la gastronomie ! 

Lilli  Of the valley : trop de gâteaux, chers collègues ! Trop de gâteaux ! Vous allez le rendre malade avec vos salades ! Ce qu’il lui faut plutôt, c’est une énorme salade de fruits ! Qu’on m’apporte 50 ananas, 150 kiwis, 300 abricots, 300 pêches et 650 grains de raisin et je vais m’en occuper.

Lilli Tournebroche : ridicule ! Mille fois ridicule ! Laisserez-vous donc le géant mourir de faim ? Moi, je réquisitionne immédiatement un détachement de 500 Lilliputiens. Qu’ils abattent à l’instant 2000 poulets, et je promets au gouffre de son estomac 2000 poulets fermiers rôtis à l’ancienne !

Lilli Tournedos : je suis d’accord moi aussi Tournebroche a raison ! Arrêtez avec vos desserts ! Tout ça, c’est de la tarte à la crème ! Pour bien manger, rien de mieux que des spaghettis à la viande ! Accrochez-vous à la crinière de mes spaghettis de rodéo ! Des spaghettis de deux mètres de long ! Avec ces spaghettis-là, je vous le garantis, je vais ligoter l’estomac du géant, lui faire bouillir les sangs et il va crier « grâce ! », la bouche pleine de sauce tomate !

(Arrive le groupe des marchands qui bousculent les cuisiniers et les font sortir)

 

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La géante et le Mexicain

Publié le par Eric Bertrand

Le géant (41) [1600x1200]

                Ça se passait dans les rues de Nantes ce week-end... La rencontre improbable entre une petite géante à l’œil de biche et un colossal Mexicain à la face burinée, sombrero sur le nez, dos vouté. Ils avaient rendez-vous ensemble...

                Un grand chien mécanique à la queue frétillante, un grand chien bondissant, tout en ressorts, donne la mesure du bonheur. Conduits par la troupe Royal de Luxe qui leur imprime des mouvements gracieux, ils vont se retrouver quai de la Fosse.

               Rien d’apprété dans leur façon d’être, mais une impression de bonheur immense, de bonheur aérien qui passe par-dessus la tête de la foule ébahie. L’impression d’une vie simple, d’une émotion retenue, au détour d’une sieste et d’une bonne douche. La petite géante s’est levée, s’est habillée, a pris sa douche, son chien sur les talons et la voilà qui danse, la voilà qui avance le long de la Loire à la rencontre du grand « Campesino » qui arrive par le fleuve. Et c’est un film de Sergio Leone qui se joue sur l’écran du ciel.             

               Ses yeux sont émerveillés, elle joue des coudes, tourne la tête à droite, à gauche, ses cils battent. Le battement de cils est bouleversant. Ils battront jusqu'au dimanche soir.  

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« Le Sourire étrusque » de José Luis Sampedro

Publié le par Eric Bertrand

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                   Fumer une cigarette devant la maison, manger de l’oignon et du pain bis pour le petit déjeûner, rentrer à pied chez soi, dormir avec ses enfants, trasmettre soi-même le message transmis plutôt que de chercher d’improbables infos dans les livres, regarder la neige rester blanche, manger des nourritures d’hommes, s’asseoir dans des fauteuils durs... Tels sont quelques uns des repères de ce personnage du « nonno » qui arrive de Calabre chez son fils et qui ne retrouve rien dans la ville de Milan où il doit lutter contre le cancer qui le ronge. Il appelle sa maladie la « rusca »...

                   Le combat est perdu d’avance, mais le grand-père a le temps de manifester ses convictions et d’imposer son style de vie et de fonctionnement a son entourage. Il développe en même temps une relation privilégiée avec son petit fils, Bruno, (pseudo que lui avaient donné, au temps du maquis, ses camarades partisans). Bruno est âgé d’à peine un an mais le grand-père voudrait lui transmettre, dans cette dernière ligne courbe de la vie, un peu de cet essentiel que les gens des grandes villes ont oublié depuis longtemps...

                   Même s’il reste peu de temps, cette durée intense et assumée permet au vieillard d’accéder à la plénitude qu’exprime « le sourire étrusque », œuvre d’art qui ouvre et referme le roman et qui invite le lecteur à comprendre l’ouvrage au-delà des lignes et des mots... L’ouvrage est émouvant, d’autant plus émouvant quand on a eu un grand-père italien excentrique, lui aussi mort de la « rusca »...  Cf : « Aimer la vie » dans les Nouvelles pour l’été

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