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Jean-Claude Carrière à La Rochelle

Publié le par Eric Bertrand

                  Alors que chacun prépare secrêtement ce temps offert des vacances, (et que cette « saison du blog » touche à sa fin) je voudrais vous faire partager un peu du plaisir intellectuel ressenti hier au cours de la visite de l’expo que la médiathèque de La Rochelle consacre en ce moment à l’écrivain Jean-Claude Carrière à l’occasion de sa venue dans le cadre du Festival de cinéma.

                 Jean-Claude Carrière, c’est d’abord, pour beaucoup de profs de lettres, l’auteur de la fameuse Controverse de Valladolid si bien incarnée par de grands comédiens comme jean-Pierre Marielle et Jean-Louis Trintignant. C’est aussi un homme de cinéma qui s’est associé à de grands réalisateurs pour tourner des films comme « Cyrano de Bergerac »... Mais c’est avant tout un homme passionnant à écouter parler car sa culture est immense et soutenue pas une réflexion mature et curieuse de tout. Un document tournait en boucle et restituait l’émission que lui avait consacrée Jacques Chancel.

                 J’ai pu en saisir quelques bribes, notamment lorsque Jean-Claude Carrière évoquait ce beau récit d’origine persane qui raconte comment un philosophe arrivé à la fin de « son parcours de vie » espère, son heure dernière arrivée, rencontrer son dieu. Il se trouve alors confronté à un grand miroir, et ce miroir lui donne à voir un oiseau. « Cet oiseau de vie », lui dit une voix, c’est lui-même... Ce qu’il est parvenu à réaliser au cours de sa vie d’homme. Jean-Claude Carrière explique que peuvent aussi apparaître dans ce miroir plusieurs oiseaux de vie, car il ne faut jamais considérer qu’un être vivant soit dissociable de la communauté qui l’accompagne. Tout être humain est en effet le résultat de particules spécifiques qui ne cessent d’entrer en intéraction avec un milieu, un temps et une communauté donnés, (ce qui fait que jamais un être ne pourra être cloné et reproduit à l’identique dans son propre devenir). En citant Shakespeare et en répondant à une astucieuse question de Jacques Chancel, il affirme que « la vraie vie » : « c’est la sensation, le chaud, le mouvement »...

                Tout est là, essayez « chaudement » votre « chemin de vie », entrez en mouvement, déployez vos organes sensoriels et... trouvez votre oiseau  (vos »oiseaux de vie ») et passez de bonnes vacances ! (Eventuellement, lisez Jean-Claude Carrière !)

 

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« Rouge Brésil » de Jean-Christophe Rufin : le point de départ

Publié le par Eric Bertrand

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               Nous sommes au milieu de l’année 1555. Comment pénétrer plus profondément la terre du Brésil et fonder une « nouvelle France » ? C’est la question posée par le chevalier de Villegagnon au début de cet ouvrage de Jean-Christophe Rufin. Il faudrait des interprètes auprès des sauvages comme celui dont Montaigne parle dans ses Essais : ce « cannibale » a été ramené d’Amérique, a servi d’attraction et, depuis qu’il s’est « installé » dans le « Nouveau Monde », il refuse de repartir là-bas dans son pays, quelle que soit la mission proposée.

               Alors il faudrait envoyer des enfants. Personne n’a, comme les enfants, le génie des langues. Ils serviront remarquablement bien la propagation de la mission occidentale. Les deux héros du roman sont donc des enfants orphelins que le lecteur va suivre, deux enfants de 11 et 13 ans intimement unis, Just et Colombe...

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Un film promotion pour la ville de Nantes

Publié le par Eric Bertrand

 

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                  Tout ce qui touche Nantes ou La Rochelle m’intéresse particulièrement en ce moment où je suis dans la phase définitive de mon livre et où je peux prétendre, sans fausse modestie, en connaître un rayon sur ces deux villes et en avoir parcouru « quelques kilomètres »...

                  Voici par exemple un petit film produit par la ville de Nantes et qui présente, malgré son caractère un peu surprenant et délibérément burlesque, l’intérêt de focaliser sur certains points forts de la « culture » et de « l’espace » nantais actuels.

 

http://www.levoyageanantes.fr/

 

 

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"Fort comme la mort" : Maupassant

Publié le par Eric Bertrand

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Comme le titre l’indique la mort n’est-elle pas l’héroïne éponyme de ce roman encore une fois très sombre de Maupassant ? Le peintre Olivier Bertin est pourtant une force de la nature, doué à la fois d’un tempérament artiste, d’une puissance de sensation et d’un pouvoir de séduction irrésistible. Mais il arrive à une période critique...

                 Le début de sa relation avec l’un de ses modèles, la comtesse de Guilleroy, est relatée avec précision. A l’origine, la jeune femme est belle, vertueuse, passionnée et finit par lui accorder ses faveurs à un âge où il sent qu’il n’a déjà plus la force de changer de maîtresse aussi rapidement. Et puis Mme de Guilleroy n’est pas une lorette, son âme est délicate et il ressent pour elle une infinie tendresse. Cette Any a une petite fille âgée de 5-6 ans qui l’accompagne quelquefois...

                  Les années passant, Olivier Bertin se sent de plus en plus attiré par cette fille de la comtesse : Annette… Douze ans plus tard, la jeune fille le trouble même profondément dans la mesure où sa ressemblance lui rappelle à tous les niveaux la mère. Même voix, même taille, même démarche. « Bertin sentit en lui s’éveiller des souvenirs, ces souvenirs disparus, noyés dans l’oubli et qui soudain reviennent, on ne sait pourquoi. Ils surgissaient rapides, de toutes sortes, si nombreux en même temps qu’il éprouvait la sensation d’une main remuant la vase de sa mémoire. » 

                   La métaphore « la vase de la mémoire » renvoie bien à cette idée de petite mort que soulèvent toutes les occasions de réminiscences que sollicitent dans le souvenir de l’ancien séducteur les diverses sensations (p84).

                   La phase de rivalité gentille entre la mère et la fille ne dure pas bien longtemps car un événement vient précipiter les choses : la mort de la mère de Mme de Guilleroy. Chagrin, épreuve, fatigue, elle n’est plus la même en quelques semaines alors qu’Annette a gagné en maturité et dignité. Le peintre reconnaît en elle le portrait qu’il a réalisé 15 ans plus tôt... C’est alors un peu l’histoire du portrait de Dorian Gray qui se joue cruellement entre la mère et la fille et, impitoyablement à ce moment du livre, la descente infernale vers le destin impitoyable auquel Maupassant mène immanquablement ses personnages.  

 

 

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Rendez-vous à l’Hôtel Fleuriau, La Rochelle

Publié le par Eric Bertrand

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                Dans le cadre de mon travail sur la Rochelle, nous avons eu la chance lundi soir d’assister à une petite animation autour de « Aimé-Benjamin Fleuriau » et de sa famille organisée par l’équipe du syndicat d’initiative de La Rochelle.

                 Le principe est le suivant : Mr Fleuriau « reçoit » en son hôtel particulier une trentaine de ses amis qui, sur présentation d’un « sauf-conduit » (obtenu à l’office de tourisme) ont la chance de pénétrer dans les salles majestueuses de l’une des plus belles demeures construites au XVIII° siècle à La Rochelle. D’y être reçu avec courtoisie et d’écouter le discours généreux de ce Mr Fleuriau (il a sa rue à La Rochelle, et son hôtel porte à présent le nom de « musée du Nouveau-Monde ») qui a tendance à raconter sa vie, et c’est bien cela que l’on veut entendre !

                 Mr Fleuriau est un homme cultivé qui connaît l’art d’entretenir ses hôtes et toute sa maison est « tenue » pour cela. Son domestique, sa femme, ses filles... C’est un mondain, qui reçoit de façon impromptue Mr le Maire, qui disserte avec lui et son épouse au sujet des philosophes et des problèmes moraux que pose la pratique de la traite d’esclaves... Car Fleuriau, fils d’un raffineur rochelais ruiné, s’est lancé dans sa jeunesse le défi de refaire la fortune du père. La seule chance de réaliser son pari a été de prendre la mer et de partir à l’aventure pour l’ile de Saint-Domingue où un oncle à lui travaillait dans un domaine d’exploitation de canne à sucre. C’est là qu’il a pris la succession et qu’il a exploité le commerce du « bois d’ébène »... Système très rémunérateur dont il a su « abuser » puisqu’au bout d’une vingtaine d’années il est revenu à La Rochelle et s’est acheté ce bel hôtel particulier, s’est marié, a fondé une famille (bien qu’il ait eu déjà à Saint-Domingue onze enfants avec une « indigène » dont sa jeune épouse de plus de vingt ans sa cadette ne cesse de se moquer). Le temps de la prospérité est revenu dans la maison Fleuriau.

                  Lorsque ses visiteurs arrivent sur le seuil, Aimé-Benjamin cesse de jouer du clavecin, accueille, fait offrir du chocolat, montre ses peintures, tapisseries, parquets, horloges, présente ses deux filles occupées à lire, son épouse occupée de philosophie et aimant (un peu trop à son goût) la discussion, fait conduire dans quelques-unes des nombreuses pièces, puis conclut la promenade par une petite pièce musicale jouée dans le jardin (troublée malgré tout par le passage de carosses un peu volumineux). On entre en plein jour par la rue Fleuriau. Après le moment de harpe, devant l’hôtel légèrement éclairé, on passe dans la rue Gargoulleau, et c’et un ravissement qui se prolonge dans la rue blanchie par le soleil couchant.

 

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