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« Un amour d’école » de Francis Lepioufle.

Publié le par Eric Bertrand

Séjour Bretagne (67) [1600x1200]

              Francis Lepioufle est un ami de cœur et d’âme que j’ai quitté en partant de Loudéac et que je retrouve périodiquement soit parce que je retourne à Loudéac, soit parce que nous échangeons en matière de livres... et souvent par blogs interposés. Francis lit, Francis fait des salons et Francis écrit... Son troisième livre vient de paraître, fruit de deux ans d’intenses recherches, il porte le beau titre de « un amour d’école », et est consacré à ce bâtiment que j’ai photographié ci-dessus.

              Le livre commence par une étude en contexte des conditions de construction de cette école dans ce lieu bien particulier qu’est le Rocher, situé sur une colline dominant les différents hameaux avoisinants, dans un rayon de proximité de la ville de Loudéac. Des éléments de politique nationale et de politique interne sont donnés par l’auteur qui fournit au lecteur d’infinies précisions, notamment en ce qui concerne le rôle joué dans cette opération par des figures locales dont les noms sont familiers à tous ceux qui ont fréquenté les lieux...

               La seconde partie de cet ouvrage donne d’ailleurs la parole à tous ceux qui ont un point de vue sur l’école. Anciens élèves, anciennes institutrices... Et c’est tout un monde oublié qui surgit agrémenté d’anecdotes et de citations d’interviews, la voix et le gallo local renaît sous la plume de l’auteur, mais un temps révolu, des usages, des pratiques, des principes qui ont disparu à notre époque...

               Chemin faisant, l’auteur fait revivre le lieu en rapportant le fruit des expériences humaines et des souvenirs propres à chacun de ceux qui ont fréquenté l’école et qui l’ont vue évoluer au fil des époques... La période envisagée est large et les « mille-feuilles du temps », « les mouchoirées » recouvrent un faisceau de quelques 60 années. Une remarquable empathie et un soin particulier à restituer le lieu, le Temps et l’époque dirigent l’ensemble de l’ouvrage et entraînent le lecteur dans la mélancolie d’un lieu qui m’a inspiré le paragraphe suivant (que Francis a eu la gentillesse d’intégrer dans l’ouvrage.

 

          Je venais d’être nommé dans ce coin de centre-Bretagne et nous avions trouvé une habitation à louer au Rocher, tout près du petit hameau de Trémuzon. Sur un plateau qu’un habitué du lieu a eu la belle idée de baptiser « les Hauts de Hurlevent », se dressait une curieuse bâtisse aux allures de château gothique.

          Certains soirs, de retour de Loudéac, je voyais le soleil se coucher derrière les murs orangers et je trouvais que ce « manoir du Grand Meaulnes » à la croisée des routes ouvrait comme une porte à l’arc en ciel. Un jour, nous sommes entrés dans le manoir, et nous avons immédiatement compris qu’il avait été jadis une école...

            

           Je vous laisse découvrir ce que l’auteur dit lui-même de son livre à travers une série d’articles qu’il commence sur son blog :

http://ecriposoph.wordpress.com/

 

 

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Petite pause dans la conférence

Publié le par Eric Bertrand

Printemps au marais (2) [1600x1200]

                L’actualité littéraire et créatrice est aussi l’aliment de ce blog et cette longue série d’articles consacrés à la conférence doit être interrompue une première fois par les articles qui attendent leur heure et qui courent le risque du dépassement.

                Au programme donc, quelques indications relativement à la prochaine représentation, aux dernières lectures ou films et événements littéraires et même au voyage en Bretagne relativement récent... Alors à demain pour l’actualité !

 

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« Paroles de Lecteurs » (9/22) : La Fiancée des corbeaux : l’obsession du féminin (suite).

Publié le par Eric Bertrand

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                 Dans ce carnet d’impressions qui court du 27 octobre au 13 juin, il parle aussi de l’éternelle présence des collines, des sources et du printemps, de la petite place de Manosque (où nous avons pris ensemble la tasse de café du bavardage matinal et de la belle clarté non encore consumée du matin d’été), des thèmes abordés dans ses livres, l’écriture en prison, les aventures réservées par la vie, l’école, la nature, les livres, (ceux de Giono qui sont remplis d’arbres et de personnages en bois) les films, le printemps, les lieux où l’on se baigne, les lieux où l’on mange, et les femmes, inévitablement les silhouettes des femmes...

                  Il y en a quatre types chez René : d’abord et avant tout, la figure tutélaire : la mère, à qui il a consacré son livre bouleversant « Elle danse dans le noir ». Sa mère, c’est la complice de toujours qui veille sur l’enfant grandi et qui l’accompagne partout dans les rues de Manosque et dans les souffles de la nature. Cette femme est la gardienne du jardin enchanté, le refuge contre ses camarades d’école qui le surnommaient à cause de sa myopie « quatre œil » ou « Malbichu » comme il le confie dans le Voleur d’innocence. (Extrait)

                 La seconde femme, c’est la fille adorée par le père qui l’élève. La fille protégée, vulnérable, dont l’image oscille entre les différents âges, du bébé à l’enfant de l’école, de l’enfant de l’école à l’adolescente. L’appartement du narrateur est désormais empli du bruissement de l’enfant chéri livré à la menace du monde.

                 La femme élémentaire, dont la grâce et la douceur renvoient au pays de Manosque (pour cela, il la surnomme « la fiancée des corbeaux », celle dont la modestie « plaît aux arbres et aux oiseaux »). Elle est le prolongement de la mère. Il s’agit d’une institutrice qu’il fréquente et qu’il prend plaisir à regarder vivre dans le cadre de ses collines...

                 Enfin la femme fauve, celle qui saisit et captive par la force d’attraction de son corps et son érotisme affolant. La féline est partout, elle met le feu au désir, témoin la valeur métaphorique de cette scène récurrente de « la meurtrière », « fenêtre sur cour » par laquelle le narrateur plonge son regard sur les ébats de ses voisines.

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« Paroles de Lecteurs » (8/22) : La Fiancée des corbeaux : l’obsession du féminin.

Publié le par Eric Bertrand

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                René Frégni est devenu un ami. Je l’ai rencontré au salon des Etonnants voyageurs à St Malo et il parlait abondamment des costauds de la prison, de cet endroit qu’il connaît bien « Où se perdent les hommes » selon son expression qui est aussi le titre de l’un de ses romans. Il a mené des ateliers d’écriture à la prison des Baumettes à Marseille et ce qu’il y a vécu, entendu, nourrit une partie de ses livres. « Tendresse des loups »... Une partie seulement car cet écrivain tourné vers le milieu « mec », milieu du grand banditisme, fans de l’OM, joueurs de pétanque ou piliers de café à l’heure du pastis est aussi est un grand tendre, amoureux des femmes. Pour parler de René, j’ai choisi de le faire à partir de son tout dernier ouvrage qui vient de sortir en mars dernier et qui s’intitule : la Fiancée des corbeaux.

                Le livre est écrit sous la forme d’un journal et c’est comme s’il m’était donné l’occasion de le parcourir derrière l’épaule de ce vieil ami que je n’ai pas revu depuis trop longtemps. René y évoque sa dernière fille, Marilou. Marilou avait 7 ans quand j’ai rencontré son père, elle en a aujourd’hui 18. Le récit dit comment elle enluminait ses instants, comment elle le suivait partout, sur la plage, au cinéma, dans les étangs, dans sa cuisine pour d’enragées parties de monopoly. Figure réelle qu’on pouvait croiser davantage à Manosque que du côté de la Rue de la Paix... Figure littéraire également. Sa silhouette était apparue bien avant la Fiancée des corbeaux, dans tous les ouvrages signés Frégni et notamment On ne s’endort jamais seul, récit sublimé d’enlèvement d’enfant. Dans la Fiancée des corbeaux, Marilou a quitté Manosque, elle fait ses études à Montpellier et devient une femme.

 

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« Paroles de Lecteurs » (7/22) : Les Vice-rois : suite.

Publié le par Eric Bertrand

Bretagne 2011 (9) [1600x1200]

           La relation de ces deux hommes aux femmes en dit long sur les deux volets de cette saga.

- Ercole Tommasso, la silhouette farouche de Tessa. Tessa est sarde, Ercole tombe sous son charme alors qu’il est en mission en Sardaigne pour tâcher de rattacher la Sardaigne au Piémont. Tessa est une opposante engagée. Et pourtant, Ercole ne lui résiste pas. Il aime la façon dont elle incarne magnifiquement son pays. Quand elle le rencontre pour la première fois, elle lui remet une statuette de marbre, une « Madre Mediterranea » : comme l’écrit Cortanze, cette statue « existait, hautaine », en un mot, elle incarne ce qu’est profondément Tessa. Tommasso comprend à travers elle le visage de résistance de sa maîtresse et en même temps cette volonté de rejeter violemment tous ces usages hérités du passé sarde, les vêtements imposés aux femmes comme les tatouages, jupes, corsets, colliers à quatre rangs, l’interdiction du deuil remplacé par la claustration imposée...Elle subjugue Ercole Tommasso et l’entraîne dans les entiers perdus qui sillonnent les reliefs de Sardaigne. 

- Roberto Tommasso : le goût de la marge se transmet dans la famille... La femme qu’aime  Roberto est elle aussi une farouche indépendante, une femme libre qui porte pantalon et qui affronte ses rivaux masculins dans les courses automobiles. C’est la poétesse Diodata (disciple de Marinetti, dont certains se souviennent peut-être qu’il a été en 1909 l’auteur du Manifeste du Futurisme cher à la culture fasciste) qui écrit des poèmes licencieux où, telle une Louise Labbé du XX° siècle, elle analyse sans vergogne ses émotions et son érotisme de femme.

Mon clitoris exulte dans les barbes mécaniques de ta nuit tel un pétale de lave avion de feu locomotive œil terrible assailli par le plaisir ô jus délicieux de la salamandre enfiévrée, Homme, dénoue mes cordes d’acier, parcours mon pubis de feu, de satin, ô musique suave des moteurs.

           Rien ne lui fait peur, pas même la compétition et elle est capable de faire rugir son moteur quitte à prendre les risques les plus insensés. Elle incarne la modernité et tire son amant (issu de la branche des nobles Di Cortanze) vers une frange beaucoup plus populiste.

 

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