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« Paroles de Lecteurs » (14/22)Jack on the route again : étoiles au ciel et petits poucets rêveurs.

Publié le par Eric Bertrand

               Dernier acte dans le domaine de la publication collective. L’idée est cette fois de fournir un texte sur mesure pour le club théâtre que j’anime depuis quatre ans au lycée. L’atelier va écrire pour jouer, pour représenter sur scène une pièce qui rende hommage à l’icône des beatnicks : Jack Kérouac.

               On comprendra aisément mon choix pour cet auteur et l’horizon américain. L’œuvre de Kérouac fournit un écho à « La Route »... On y retrouve inévitablement des silhouettes qui empruntent leurs références à des romans de la route : à Kérouac, « Sur la route », « les Clochards célestes », à Jack London « la Route »... Mais également à Salinger, Walt Whitman et Rimbaud. Image du « Petit Poucet rêveur », en prise avec les excès d’un territoire et d’une fin d’adolescence tumultueuse.

 

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« Paroles de Lecteurs » (13/21)Chaussée de la madeleine de Proust. Les miroirs du grenier.

Publié le par Eric Bertrand

               L’idée est partie de l’opération « Grenier du Siècle » à Nantes : léguer un objet à un descendant... En 2100, date de l’ouverture du grenier : quel est cet objet, qui est celui qui le découvre, pourquoi avoir fait ce legs ? Autant d’éléments sur lesquels s’interrogent les 16 élèves de la 1ère L et leur professeur au tournant du siècle.

              Quatrième de couverture : « Tout a commencé un soir de novembre. Dans son mackintosh, sous son grand chapeau de feutre, Colette If du Loup des Acqs errait sur les quais de la Fosse à Nantes. Elle songeait au nouveau millénaire, aux années qui passent, à la modernité qui renvoie les matafs et les bourlingueurs, les mafieux et les femmes fatales au fond des vieux cargos... » Et dans les poches du mackintosh les objets opposant masculin-féminin : roman de l’une des sœurs Bronté, bague, boite à musique, morceau de journal intime, chausson de danse, croix de guerre, dent de requin, pièce de monnaie.

              Clin d’œil à l’ouvrage précédent et à ses héros de roman noir mais annonce de quelque chose de beaucoup plus intime, qui se situe au niveau du sac à main ou de la boite à gants...

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« Paroles de Lecteurs » (12) Les ateliers d’écriture de Colette If du Loup des Acqs : Sous le masque.

Publié le par Eric Bertrand

             L’auteur est au féminin, l’initiateur au masculin. Il me fallait choisir un pseudonyme pour rendre compte d’un travail collectif de deux ans en classe de 1ère L essentiellement féminines. Colette If donc, est une femme libre, sortie tout droit de l’univers du roman noir et inspirée à l’origine par un thème proposé au salon « Etonnants Voyageurs ». Elle produit entre 99 et 2001, trois ouvrages.

 

Black Polaroïd : le style roman noir.

 

               16 auteurs, 16 nouvelles et dans chacune d’elles, une écriture libérée, dans des espaces déconcertants où les auteurs doivent se mettre en scène sous un pseudonyme. En face des rares garçons, les Ronaldo, Luigi Callaci, Alix Birtram (mon pseudonyme hérité de mon séjour à la prison de New Orleans), galerie de femmes dont les photos sont encore disponibles dans les premières pages du livre Miss Morsure, Docteur Hache, Loulou la Blanche, Miss Krane, Lolita....

               Profils de femmes qui ont surpris René Frégni à St Malo et dont le film va donner un instantané.

 

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« Paroles de Lecteurs » Loudéac (11)La Route, la poussière, le Sable : apprentissage.

Publié le par Eric Bertrand

  

              Dans ce roman à caractère largement autobiographique qui met en scène l’apprentissage du monde, la figure féminine absolue, c’est la Route. A maintes reprises féminisée dans un parcours rude et exigeant (16000 kms en stop à travers les States), elle concentre tous les fantasmes de douceur, d’érotisme, d’aventures dont sont demandeurs les deux héros (Pascal et Eric, étudiants cabochards en 1983)...

               C’est sur la route que les deux voyageurs vivent en effet une aventure extraordinaire avec un pays qui leur réserve bien des surprises. Au fil des interstates émergent parmi d’autres figures patibulaires des silhouettes féminines, des rencontres éphémères notamment à Montréal, à Philadelphie, à Miami.

               Confrontées à deux garçons qui se la jouent nouveau western ou road-movie néo Kérouac ou Jack London, elles n’existent qu’à l’état de fantasmes, de tentations ou d’obstacles (la prostituée de Houston qui leur adresse la parole quand ils sont en train de vivre le drame du voyage). Eric et Pascal sont bien réels mais l’écriture accompagne le jeu auquel ils se sont livrés dés l’origine : celui du défi au territoire américain et à celui des figures de mecs qui en font la légende virile : hobos, Johnny riders, chercheurs d’or, cow-boys roulant dans de grosses bagnoles, claquant le fric dans les machines à sous, rêvant Hollywood, starlettes sur la plage et lames du Pacifique...

               D’ailleurs, cette traversée des Etats-Unis en autostop se transforme peu à peu, au gré des mésaventures, en conquête de l’ouest et Eric et Pascal deviennent, au cours de ce rude apprentissage de la vie sur la route, et par un subterfuge de romancier, John et Lucky par référence à leurs modèles John Wayne et Lucky Lucke... « I’m a poor lonesome cow-boy »... Le temps des cow-boys séducteurs n’est pas encore venu, la prison de la Nouvelle Orléans dans laquelle, à l’issue d’une malencontreuse situation ils se retrouvent, est une prison d’hommes et la discothèque de Houston dans laquelle ils essaient de rattraper le temps perdu avec un conducteur de rencontre est une discothèque gay !

 

 

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« Paroles de Lecteurs » (11/22) : Tigre en papier : idoles et momies (suite)

Publié le par Eric Bertrand

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              Car toute liaison à caractère sentimental ou sensuel est immédiatement jugée suspecte, envahissante et celui qu’ils appellent le grand Timonier, relayé par le dénommé Gédéon, interdit les roucoulades, les coups de foudre et les canons de l’esthétique féminine, nivellement par le bas oblige, (rééducation culturelle des Maos, chasse à l’artiste... quand on a opté pour « la Cause » on « taille dans la petite chinoise » pour parodier le titre du beau roman de Dai Sijie à propos des beautés des romans de Balzac rentrés dans la clandestinité au moment de la révolution culturelle). Un membre honorable de la Cause évitera toute émotion esthétique et consacrera l’essentiel de son temps de son énergie intellectuelle à, selon la délicate expression, « enculer les mouches ». Le style de Rolin est lyrique et en même temps trempé dans cette impatience masculine de la spéculation activiste quand la machine à stencils a chauffé toute la nuit au milieu des tasses de café froid et des mégots écrasés. Autre époque !

                 La fille de Treize aux côtés du narrateur plonge avec lui dans le Temps. Et c’est le Temps qui sert de « tapis de sol » aux héros de « Tigre en papier » : et à l’exception de Marie, ils ont tous fait les frais et payé l’addition comme à la fin du Temps retrouvé au moment du fameux bal des têtes, lorsque le narrateur retrouve la société vieillissante qu’il a perdue de vue depuis plus de vingt ans. Comme l’écrit avec cynisme le narrateur, le temps diffuse de la « radioactivité » sur les êtres au point de ravager ceux que la mort a épargnés, hommes et femmes. Rolin n’y va pas par quatre chemins... Il transforme les plus nobles, les plus gracieux en grotesques silhouettes, même le narrateur ne peut plus que se lamenter sur le visage romantique et sauvage de « l’ange des révolutions » désormais évanoui. A ses côtés, Marie qui croise les jambes et fait crisser sa jupe lui tend le miroir de ce que furent pour lui Judith et Chloé, mais comme il l’écrit, « pas touche ! ».

                 La fille de Treize est tellement éloignée de lui, elle incarne la modernité, internet, portable, SMS, désinvolture gracieuse, enfant gâtée, ignorance de toutes les références culturelles du vieil homme de lettres qui découvre avec horreur qu’il ressemble à Daladier « un faux-dur qui a cané devant Hitler à Munich, enfin un type à qui on n’a pas envie de ressembler »... C’est pour ça qu’il à la fille de Treize : « Ce qui m’intéresse en vous, c’est la profondeur du futur... Je ne suis que sarcasme pour le passé »

Relisons quelques traits de ce sarcasme...

(p67-68)

 

 

                 J’en ai fini de cette première partie consacrée aux autres auteurs, j’entre à présent dans la partie qui concerne mes livres, et, par souci d’efficacité, je la traiterai de façon chronologique. J’ai choisi de ne pas consacrer de développement à la partie qui recueille les « essais » parus tout au long de ces années aux éditions Ellipses et qui s’attachent notamment à parcourir l’œuvre de Hugo. Peut-être aurons-nous le temps d’y revenir au moment de l’échange que j’essaierai de ménager après cet exposé. 

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