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Un avis sur « le Ponton »

Publié le par Eric Bertrand

Périodiquement, je donne à lire aux lecteurs de ce blog, avec l’accord des intéressés, les avis que je reçois concernant mes livres, toujours soucieux de proposer ainsi un éclairage différent sur ce que j’ai déjà écrit. Merci à son auteur ! Ces retours m’intéressent toujours !

 

J'ai fini " le ponton"

J'ai trouvé ce livre léger et rafraîchissant comme un soda glacé et pétillant bu à la terrasse ombragée d'un café un jour de grosse chaleur...Ce roman est baigné du soleil de Sicile, gorgé des couleurs de cette île qui t'est si chère (on est allé en Sicile il y a 4/5 ans et les noms que tu cites : Cefalu, Agrigante, Taormine résonnaient à mes oreilles comme de beaux souvenirs!) Tu décris bien l'atmosphère ce ces lieux, leur gaieté, la douceur d'y vivre.

J'aime bien les personnages hauts en couleurs (les 2 femmes, les jeunes) et le regard tendre que tu poses sur eux, les dialogues souvent amusants, la jolie légende du début, la description des ressentis et des émotions (féminines pour certaines et bien vues!) la "confrontation " joyeuse entre ces 2 générations. C'est une chouette idée d'avoir fait de ce ponton estival le "théâtre" de tous ces évènements!

J'ai passé un agréable moment à le lire, un avant-goût de vacances. J'attends ton futur livre (celui-ci je l'aurai vu grandir dans ta tête!) avec impatience!

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Retournements de la Fortune

Publié le par Eric Bertrand


La route, la poussière et le sable.Les Etats Unis. par Golgot38
  

La scène se déroule sur le sol américain, à l’issue d’une malencontreuse mésaventure. Dans le contexte actuel, elle prend une résonance particulière...

 

          « Devant nous, un groupe de prisonniers enchainés les uns aux autres passèrent lourdement : ils portaient tous un même uniforme et, sur le dos de la veste brune qui les assimilait les uns aux autres était inscrit, à la façon d’un matricule, le nom de l’établissement en lettres capitales : ORLEANS PARISH PRISON. (...) Au bout de quelques secondes, je n’avais plus rien que ma chemise défaite. Un employé s’approcha de moi et me riva au poignet un bracelet rouge vif avec un numéro de matricule et un nom d’emprunt : « Alix Birtram ». Sans aucun artifice de fiction, j’étais devenu, grâce à l’intervention de la police de la Nouvelle Orléans, un drôle de personnage transitoire, sans âme et sans dignité, répondant au nom d’Alix Birtram. Le numéro de cet individu précédait, dans les registres de la prison, celui du dit Bastel Verstex (...)

          Ils avancèrent, abasourdis dans leur cellule et s’effondrèrent, chacun sur un banc étroit et glauque où couraient des cafards et des punaises. Birtram en écrasa une, de rage : une odeur nauséabonde se répandit aussitôt (...) Dans les cellules voisines, des hurlements s’élevaient par intermittences, et les clés des geôliers faisaient l’unique tic-tac de la nuit (...)

          Vers la fin de l’après-midi, un cliquetis dans la serrure secoua la torpeur des prisonniers. Verstex et Birtram furent amenés jusqu’à une grande pièce située en sous-sol D’autres individus piétinaient là, dans l’obscurité, dans l’attente d’un jugement (...). »

 

Extrait de la Route, la Poussière et le sable

 

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Lettre pour représenter « Cyrano »

Publié le par Eric Bertrand

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Voici une proposition de réponse au sujet donné hier sur ce blog...

Le directeur de la troupe les Cadets

A Mr le Maire de la ville de Tréguier

 

                                                                                                  3 juin 2011

 

Monsieur le Maire,

 

                  J’ai l’honneur de vous présenter mon projet de mise en scène de la célèbre pièce « Cyrano de Bergerac » que je viens de monter avec une troupe de jeunes comédiens,  tous désireux de partager la passion qu’ils nourrissent pour ce texte dont les intérêts sont multiples pour une commune comme la vôtre. C’est justement dans le but de vous le montrer (et peut-être même de vous surprendre) que je vous adresse ce courrier.

 

                  Tout d’abord, la passion et le talent qui animent mes comédiens constituent une véritable garantie... Plutôt qu’un « service après-vente » je vous promets, Mr le Maire, des moments d’échange précieux avec les habitants qui pourront à leur guise, avant ou après le spectacle, suivre des stages et des formations autour de la représentation si, d’aventure, vous avez l’obligeance de nous recevoir. Les stagiaires de tous âges et de toutes catégories sociales y pourront trouver leur compte car toutes les générations sont représentées dans cette longue pièce qui se déroule sur une durée d’environ vingt ans. A l’acte 5, Cyrano et Roxane ont vieilli mais ils continuent de s’aimer autant qu’au début. Certes, le poids des années se fait sentir et leurs deux silhouettes se sont un peu alourdies, mais leur amour n’a pas pris une ride. Les deux jeunes comédiens qui jouent ces deux rôles, ont beaucoup travaillé sur la « pression du temps » et ont acquis des techniques de jeu qu’ils sauront transmettre.

                  Est-ce un fait exprès, votre commune se prête admirablement à l’acte 5 qui baigne dans la mélancolie et le sentiment du temps perdu. Vous vous souvenez sans doute que Roxane s’est retirée au couvent. Tous les jours, elle attend son vieil ami qui lui rend fidèlement visite comme le fantôme de ses amours. En parcourant la vieille ville de Tréguier et le cloitre que possède la cathédrale, j’ai trouvé que cet endroit fournirait le cadre idéal pour cette ultime rencontre. Il suffirait de prévoir pour cela un « cheminement » des spectateurs dans le centre-ville, cheminement dont le point culminant se tiendrait précisément dans le cloitre.

                Rêvez avec moi Mr le Maire, et imaginons ensemble le beau recueillement de cette foule ravie, émue jusqu’aux larmes par l’histoire romantique des deux héros de la pièce qui n’ont pas su dépasser le stade de l’amour platonique. L’amant reste dans l’ombre et lit les mots écrits pour la seule femme de sa vie. « Grâce à vous, une robe est passée dans ma vie » lui avoue-t-il... Dans le discours de Cyrano, la force de la passion offre à tous ceux qui ont connu le véritable amour un vrai festival de mots et d’émotions. Aucun spectateur, aucune spectatrice ne peut rester froid devant un tel déferlement de passion. En fermant les yeux, dans le soir qui tombe, imaginez ce que chacun peut ressentir en recevant cette pluie d’images et de mots doux, même s’il ne les comprend pas tous...

                Il sera tard. Minuit sonnera au clocher, la lune brillera au-dessus de la petite ville dont vous êtes l’heureux représentant. La pièce ira vers son dénouement. Les spectateurs seront alors invités à suivre les comédiens jusque sur la petite place en face de la cathédrale pour  entendre les dernières tirades de Cyrano, tirades adressées à « la lune opaline » qui « ose regarder son nez ». Derniers soubresauts d’un personnage dont la vigueur résonne au fond de chacun, personnage pur, intransigeant, qui ne supporte ni la flatterie, ni la corruption, ni la soumission. Personnage fier et honnête qui, du haut de ses discours, invite depuis le début au dépassement de soi. N’est-ce pas là, Monsieur le maire, la mission véritable du théâtre ? L’invitation à l’élan et à l’enthousiasme ? Croyez-moi, si le ciel breton le permet, ce soir là, la lune de Tréguier sera la complice d’une action de gloire !

« N’importe : je me bats ! je me bats ! je me bats » 

              Mais pour redescendre sur terre, Mr le Maire, comprenez bien que si vous acceptez ma proposition, vous ne direz pas simplement « oui » à une représentation théâtrale, vous ouvrirez la porte à un parcours à double face : celui qui aura lieu dans les rues du centre ville de Tréguier et celui qui aura lieu au fond des âmes, dans cette part intime que le grand Molière appelait « l’instruction » quand il affirmait que la comédie, tout en divertissant, « instruisait ».

 

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Un sujet de type argumentatif sur Cyrano

Publié le par Eric Bertrand

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               Beaucoup de mes troisièmes (j’ai deux classes) préparent la seconde (même s’ils n’ont pas le niveau mais c’est un autre problème...) je prends donc plaisir à les former à ce qui me renvoie à l’enseignement que je dispensais au lycée. Nous sommes en train d’étudier Cyrano de Bergerac et voici le sujet que je leur ai proposé en alliant à la fois le travail de l’énonciation (écrire une lettre, simuler une posture : vous êtes metteur en scène, vous écrivez au maire) et le travail de l’argumentation...  

Vous êtes responsable d’une troupe de jeunes comédiens et vous souhaitez que la mairie d’une ville de votre choix vous prête une salle afin de représenter « Cyrano de Bergerac ». Dans une lettre argumentée adressée au maire de la commune, vous insisterez sur les intérêts d’envisager cette représentation. Vous développerez vos arguments en vous appuyant sur des références précises à la pièce que vous connaissez. Votre devoir devra se présenter sous la forme d’une lettre.

               Et comme je considère que le prof doit aussi se colleter à la difficulté et montrer qu’il y prend du plaisir (parce que parler littérature, c’est aussi s’amuser avec) je leur propose une réalisation personnelle. Demain sur ce blog...

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Baudelaire laboureur

Publié le par Eric Bertrand

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Quand il est comblé de douleur,
Je fume comme la chaumine
Où se prépare la cuisine
Pour le retour du laboureur.

Les Fleurs du Mal (la Pipe)

            

             Malgré ses allures paresseuses de dandy souffreteux et ses humeurs noires de sédentaire, Charles Baudelaire est un laboureur infatigable. Le muscle nerveux, le poignet ferme, la tempe frémissante, il fouille inlassablement le champ du langage. Tout part du haut de l’échine chez cet athlète de la poésie qui est aussi un fou de sensations fortes. Le corps en lui palpite, quête, épie, écoute, traque, « mange des cheveux bleus ». Et le voilà qui lâche prise, quitte l’herbe rase, « le port », lâche le soc ou la quille et se déroute « vers de charmants climats ».

             Après la fatigue du champ, le soir venu, au lieu de fermer les yeux tout de suite et de s’abandonner à la paresse, le laboureur esthète recueille, écrase, ensemence et se fabrique sa fumette de poudre d’or : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or ». Les sens en éveil, les nerfs en pelote, « les poumons gonflés comme de la toile », « il met à la voile » et creuse les sillons de l’imaginaire. Le navire n’est pas « ivre » comme il le sera chez Rimbaud, il remue, retourne et fend la terre fertile ou le flot.

             Dans les poèmes des Fleurs du mal, la mer n’est qu’un prétexte, le bateau qu’une image. Derrière la chimère de l’océan, le poète laboureur qui étend enfin les jambes dans le calme de « la chaumine » respire la moisson d’une maîtresse, vide le fond d’un verre de vin, palpe le culot d’une pipe de hachish.

             Femmes, vins, pipes, ces capteurs de sensations s’emparent du solide laboureur. « Homme libre, toujours tu chériras la mer »… Il n’est plus qu’un contemplatif, un « hibou » méditant sur une terre magistralement labourée :

« Vous croyez être assis dans votre pipe et c’est vous que votre pipe fume. Une question : comment sortirez-vous enfin de cette pipe ? »

             Les poémes de Baudelaire fleurent bon l’Amsterdamer et la terre fraichement remuée... Laissons les derniers vers du poème : « les Hiboux » faire volute :

 

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
 Le tumulte et le mouvement ;
   
 L'homme ivre d'une ombre qui passe
 Porte toujours le châtiment
 D'avoir voulu changer de place.

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