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La Bretagne de Renan (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

                Ernest Renan trône au centre de la belle place située en face de la cathédrale de Tréguier. Sa silhouette quasi goguenarde semble narguer tous ceux qui, du fond du temps, ont pu le honnir. Rien ne prédestinait pourtant ce grand prématuré, ce maudit (sorti du ventre de sa mère au bout de sept mois) à un destin si éclatant.

               Une « magicienne », une sorte de druidesse inspirée qui vivait en marge du bourg, avait « lu », dans la lumière et les « signes » de l’étang, que l’enfant survivrait et qu’il lui faudrait remercier la miséricorde divine. Et de fait le « protégé de Dieu », un brin iconoclaste, grandit, s’instruit, étudie plus que de raison. Sans rien avouer encore de ses pensées profondes, il médite, à l’ombre de la cathédrale. Rien ne semble l’empêcher de devenir un jour cardinal. La petite ville, fervente catholique, fonde tous ses espoirs dans le l’étudiant de Tréguier quand il s’en va vers Paris pour parfaire sa formation. Mais la curiosité intellectuelle et le sens critique de Renan l’amènent vite à des vues un peu en marge de l’orthodoxie...

                Il s’exprime dans des ouvrages savants dans lesquels il remet progressivement en cause l’origine du christianisme. La parution de « la Vie de Jésus » fait l’effet d’une bombe. La population de Tréguier aussitôt crie scandale, trahison ! Au bûcher ! Plus question pour le renégat de revenir au sein d’une patrie qu’il a pourtant célébrée dans les « Souvenirs d’Enfance et de jeunesse ». Mais le vieux druide ne peut se passer de la poésie des races celtiques et il trouvera refuge en un manoir écarté dans un coin des Côtes d’Armor pour continuer à hanter les lieux. Les esprits finissent toujours par chasser les vieux démons et aujourd’hui Renan est la fierté de Tréguier comme Rimbaud celle de Charleville ! Eternel retournement de la Fortune !

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La Bretagne de Renan (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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             A l’origine de mes recherches sur le celtisme, il y a Ernest Renan... à qui j’ai rendu « une petite visite » au cours de mon récent séjour en Bretagne... Dans son "Essai sur la poésie des races celtiques", il commence par définir une zone géographique particulière qui n’a cessé de m’attirer par la suite.

 

Lorsqu'en voyageant dans la presqu'île armoricaine on dépasse la région, plus rapprochée du continent, où se prolonge la physionomie gaie, mais commune, de la Normandie et du Maine,

et qu'on entre dans celle qui mérite ce nom par la langue et la race, le plus brusque changement se fait sentir tout à coup. Un vent froid, plein de vagues et de tristesse,

s'élève et transporte l'âme vers d'autres pensées ; le sommet des arbres se dépouille et se tord ; la bruyère étend au loin sa teinte uniforme ; le granit perce à chaque pas un sol trop maigre pour le revêtir ; une mer presque toujours sombre forme à l'horizon un cercle d'éternels gémissements(…)

 

            Et par souci d'exactitude, Renan prend soin de préciser dans une note, dans quelles régions du monde et pour quel type de civilisation il fait son analyse :

 

Pour éviter tout malentendu, je dois avertir que par le mot "celtique", je désigne ici non l'ensemble de la grande race qui a formé, à une époque reculée, la population de presque tout l'occident, mais uniquement les quatre groupes qui de nos jours méritent encore de porter ce nom par opposition aux germains et aux peuples néo-latins. Ces quatre groupes sont : 1° les habitants du pays de Galles et la presqu'île de Cornouailles portant encore de nos jours l'antique nom de "Kymris" ; 2° les Bretons bretonnants ou habitants de la Bretagne française parlant bas breton, qui sont une émigration des Kymris du Pays de Galles ; 3° les Gaels du Nord de 1'Ecosse parlant gaélique ; 4° les Irlandais, bien qu'une ligne très profonde de démarcation sépare 1'Irlande du reste de la famille celtique.

                   

              Après avoir délimité l'espace géographique, il propose une définition de l'imaginaire celtique afin de bien distinguer ce qui le caractérise :

 

I1 semble que l'on entre dans les couches souterraines d'un autre âge (...) On ne réfléchit pas assez à ce qu'a d'étrange ce fait d'une antique race continuant jusqu'à nos jours et

presque sous nos yeux sa vie dans quelques îles et presqu'îles perdues de l'occident (...) On oublie surtout que ce petit peuple, resserré maintenant aux confins du monde, au milieu

des rochers et des montagnes où ses ennemis n'ont pu le forcer est en possession d'une littérature qui a exercé au Moyen Age une immense influence, changé le tour de l'imagination européenne et imposé ses motifs poétiques à presque toute la chrétienté (...) La civilisation de Rome les atteignit à peine, et ne laissa parmi eux que peu de traces. L'invasion germanique les refoula mais ne les pénétra point. A l'heure qu'il est, ils résistent encore à une civilisation bien autrement dangereuse, celle de la civilisation moderne (...)

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La géante et le Mexicain (réécriture)

Publié le par Eric Bertrand

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             Instantané du travail d’écriture ! La gestation d’un lire passe par un énorme travail de réécriture... L’exemple est sensible pour un article plus court comme celui daté du 30.05 sur ce blog que je viens de remanier. On mesurera la différence.

 

               Ça se passait dans les rues de Nantes ce week-end... La rencontre improbable entre une petite géante à l’œil de biche et un colossal Mexicain à la face burinée, sombrero sur le nez, dos vouté. Ils avaient rendez-vous ...

                Un grand chien mécanique à la queue frétillante, un grand chien bondissant, tout en ressorts, donne la mesure du bonheur. Conduits par la troupe Royal de Luxe qui leur imprime des mouvements gracieux, la petite Mexicaine et son chien se sont enfin levés et inclinent leur regard en direction du Quai de la Fosse.

                Pinocchio nargue le vieux Gepetto et la belle Galatée s’amuse de l’étonnement de Pygmalion... Dans la Cité des Ducs, le duo des marionnettes avance maintenant. Une impression de bonheur immense, de bonheur aérien, léger comme un battement de cils, passe en surplomb de la foule ébahie.

                La petite géante est pressée, elle contient mal son émotion et ses ficelles. Elle a fini sa sieste Place de la Petite Hollande, a frotté ses yeux, enfilé ses vêtements comme une grande, s’est empressée de prendre une bonne douche. Son chien sur les talons, la voilà qui danse et la voilà qui progresse le long de la Loire, face aux anciens chantiers de l’Atlantique. L’instant est unique, du côté de Trentemoult sur une longue barge, le grand « Campesino » arrive par le fleuve. Les yeux de la signorina sont émerveillés, elle joue des coudes, tourne la tête à droite, tourne la tête à gauche, les cils battent. Le battement des cils est un fleuve d’émotion.

                 Ca y est ! L’immense Mexicain est arrivé à bon port, plié en deux dans un container. Il se déplie. L’ombre masque le soleil. Les yeux clignent. Le sombrero bascule. Il se penche vers la petite fille, soudain si vulnérable. Musique ! C’est un film de Sergio Leone qui se joue sur l’écran du ciel. Les mains du Campesino sont aussi burinées que le visage.

                 Tout à l’heure, la petite géante pourra s’endormir paisiblement Place Saint-Pierre. Le souffle est tranquille, on dirait que la mer est montée jusque là et qu’elle joue à la foule silencieuse cet air cadencé et doux de la marée haute en été.

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Article du mois : « Baudelaire laboureur »

Publié le par Eric Bertrand

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Quand il est comblé de douleur,
Je fume comme la chaumine
Où se prépare la cuisine
Pour le retour du laboureur.

Les Fleurs du Mal (la Pipe)

           

             Malgré ses allures paresseuses de dandy souffreteux et ses humeurs noires de sédentaire, Charles Baudelaire est un laboureur infatigable. Le muscle nerveux, le poignet ferme, la tempe frémissante, il fouille inlassablement le champ du langage. Tout part du haut de l’échine chez cet athlète de la poésie qui est aussi un fou de sensations fortes. Le corps en lui palpite, quête, épie, écoute, traque, « mange des cheveux bleus ». Et le voilà qui lâche prise, quitte l’herbe rase, « le port », lâche le soc ou la quille et se déroute « vers de charmants climats ».

             Après la fatigue du champ, le soir venu, au lieu de fermer les yeux tout de suite et de s’abandonner à la paresse, le laboureur esthète recueille, écrase, ensemence et se fabrique sa fumette de poudre d’or : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or ». Les sens en éveil, les nerfs en pelote, « les poumons gonflés comme de la toile », « il met à la voile » et creuse les sillons de l’imaginaire. Le navire n’est pas « ivre » comme il le sera chez Rimbaud, il remue, retourne et fend la terre fertile ou le flot.

             Dans les poèmes des Fleurs du mal, la mer n’est qu’un prétexte, le bateau qu’une image. Derrière la chimère de l’océan, le poète laboureur qui étend enfin les jambes dans le calme de « la chaumine » respire la moisson d’une maîtresse, vide le fond d’un verre de vin, palpe le culot d’une pipe de hachish.

             Femmes, vins, pipes, ces capteurs de sensations s’emparent du solide laboureur. « Homme libre, toujours tu chériras la mer »… Il n’est plus qu’un contemplatif, un « hibou » méditant sur une terre magistralement labourée :

« Vous croyez être assis dans votre pipe et c’est vous que votre pipe fume. Une question : comment sortirez-vous enfin de cette pipe ? »

             Les poémes de Baudelaire fleurent bon l’Amsterdamer et la terre fraichement remuée... Laissons les derniers vers du poème : « les Hiboux » faire volute :

 

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
 Le tumulte et le mouvement ;
   
 L'homme ivre d'une ombre qui passe
 Porte toujours le châtiment
 D'avoir voulu changer de place.

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Le spectacle de « Gulliver mis en pièces »

Publié le par Eric Bertrand

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                 Nous pouvons souffler... L’aventure des Gulliver est terminée et elle a finalement bien « levé ». Comme à chaque fois, au prix d’efforts multipliés et soutenus de la part de l’ensemble de l’équipe travaillant autour du projet... Une seule absente sur l’ensemble de la distribution, et encore, une jeune fille ayant choisi la fonction de « guide » qu’on a pu remplacer assez facilement.

                 Les déambulations ont pu être effectuées paisiblement entre les différentes salles du collège, réinventées pour l’occasion. Aux dires des parents (environ 150 répartis en 5 groupes, c’était un plaisir de revenir au collège de cette façon ludique)...

                 Les scènes ont chacune une forte autonomie, investissant très particulièrement les salles. Cuisiniers en salle d’anglais, plagistes en salle d’histoire géo, juges en salle de maths, laborantins en salle de SVT, citadins lilliputiens en salle d’Arts plastiques. Finalement, un grand moment de bonheur partagé et de soulagement...

Pour le plaisir une seconde scène offerte sur ce blog, celle des cuisiniers...

 

Scène 4

(Devant le palais royal, des chefs cuisiniers arrivent  à tour de rôle et commencent par un numéro de pub à l’adresse du public)

 

Lilli Tournebroche : venez manger chez Lili Tournebroche, la roue de la fortune des volailles, coq sportif, coq au vin et coq à l’âne ! A la fortune du pot, on trouve toute la fine plume du royaume chez Lilli Tournebroche ! Canards, pintades, poulets, chapons et dindons de la farce !

Lilli Tournedos : venez manger chez Lili Tournedos, la brochette des meilleurs spécialistes de viande rouge ! Les mateurs de taureaux, les toréros du bifteck, la terreur des buffalos ! Offrez-vous un rodéo chez Lilli Tournedos !

Lilli Of the valley : fleurs fraiches et fruits de saison chez Lili Of the Valley, le jardinier comme chez mère-grand ! Venez vous régaler chez Lilli Of the valley, fraises, framboises, groseilles, petit pot de beurre et cerises sur le gâteau !

Lilli Tranchedecake : la cerise sur le gâteau, c’est chez Lilli Tranchedecake. Le meilleur du gâteau débité en tranches fines pour le palais du Lilliputien, c’est chez Lilli Tranchedecake !

Lilli Kimcône : pour briser la glace et tomber en extase, fondez chez Lilli Kimcône, artisan glacier de père en fils... Vous vous ennuyez, n’avez plus de goût à rien ?... Alors chaussez sans plus tarder les patins de vos lèvres et venez danser sur la glace de Lili Kimcône ! Il faut à présent songer à nourrir la grande carcasse de l’homme banana splitz !

Lilli Tranchedecake : je propose une magnifique mousse au chocolat pour mettre en appétit le géant, ou bien encore une gigantesque forêt noire.

Lilli Kimcône : je suggère d’abord, afin de rassasier l’Homme Montagne, de lui servir une immense crème glacée, tellement immense qu’elle le dépassera !

Lilli Tranchedecake : et j’ajouterai volontiers, tout au sommet, les pépites au chocolat dont j’ai seul le secret !

Lilli Kimcône : les miennes, je vous le garantis, sont les meilleures ! Vos pépites, mon cher, sont minuscules... elles ne brillent que pour les yeux de nous autres Lilliputiens ! Mais il faut à notre géant de géantes pépites ! Les miennes sont des corps célestes, les étoiles de la gastronomie ! 

Lilli  Of the valley : trop de gâteaux, chers collègues ! Trop de gâteaux ! Vous allez le rendre malade avec vos salades ! Ce qu’il lui faut plutôt, c’est une énorme salade de fruits ! Qu’on m’apporte 50 ananas, 150 kiwis, 300 abricots, 300 pêches et 650 grains de raisin et je vais m’en occuper.

Lilli Tournebroche : ridicule ! Mille fois ridicule ! Laisserez-vous donc le géant mourir de faim ? Moi, je réquisitionne immédiatement un détachement de 500 Lilliputiens. Qu’ils abattent à l’instant 2000 poulets, et je promets au gouffre de son estomac 2000 poulets fermiers rôtis à l’ancienne !

Lilli Tournedos : je suis d’accord moi aussi Tournebroche a raison ! Arrêtez avec vos desserts ! Tout ça, c’est de la tarte à la crème ! Pour bien manger, rien de mieux que des spaghettis à la viande ! Accrochez-vous à la crinière de mes spaghettis de rodéo ! Des spaghettis de deux mètres de long ! Avec ces spaghettis-là, je vous le garantis, je vais ligoter l’estomac du géant, lui faire bouillir les sangs et il va crier « grâce ! », la bouche pleine de sauce tomate !

(Arrive le groupe des marchands qui bousculent les cuisiniers et les font sortir)

 

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