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Dosette de lecture n°146 : Salinger : « L’Attrape-cœurs », le seigle mal mûri de l’adolescence

Publié le par Eric Bertrand

« Où vont les canards quand le lac est gelé ? » C’est l’une des interrogations du narrateur, le jeune et fragile Holden qui fugue à travers les rues de New-York et Central Park où il finit par toujours par revenir, sans pour autant parvenir à tourner définitivement la page de son adolescence.

Renvoyé de son école, lassé de ses professeurs, de ses camarades de chambrée, de ses parents, il fait entendre sa voix brisée et se met à errer et à chercher à recontacter les quelques figures tendres ou dérisoires qui, pour une raison ou pour une autre, l’ont marqué et qui l’aident, chacune à sa façon, à démêler les fils compliqués de son adolescence et de son psychisme.

Ses sentiments sont divisés et, à travers les rues sombres de la grande ville, il navigue entre désillusion, sarcasme, inquiétude et angoisse, obscurément tenaillé par cette chanson écrite à partir d’un poème de Robert Burns : « Si un cœur attrape un cœur venant à travers les seigles » (If a body meet a body coming through the rye ») Et justement, à défaut d’être cet « attrape-cœur » qui sauverait « les milliers de petits gosses » menaçant de tomber « du haut de la falaise », il faudrait que lui-même grandisse et mûrisse, comme le seigle qui cherche à attraper le bon vent.

 

Dosette de lecture n°146 : Salinger : « L’Attrape-cœurs », le seigle mal mûri de l’adolescence

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Dans l’atelier d’un livre, épisode 15 : le livre comme base de communication

Publié le par Eric Bertrand

« Un jour, j’avais quatre ans et je savais lire, je ne sais pas comment » m’a confié une lectrice. Cette soudaine révélation rend compte d’une opération de magie du cerveau, capable d’aller au-devant du langage et de la pensée comme s’il devinait à l’avance une potentielle récompense. Il semble que, par instinct, le cerveau va vers ce qui peut le satisfaire, lui apporter du bien-être et même, pour utiliser un terme à la mode, l’augmenter. J’ai eu, à cinq ou six ans pour ma part, la même impression que cette lectrice et je me revois encore déclarer fièrement sous les yeux de ma mère qui ne me croyait pas : « Depuis ce matin, je sais lire ! »

Le livre est prêt à nous nourrir toute notre vie à condition qu’on sache aussi se nourrir de lui, sans quoi il erre à la façon d’un spectre de bibliothèque, farfadet perdu dans un vaste champ de ruines. Il est, comme l’écrit le romancier Michel Tournier : « un vampire sec » en mal du sang d’un lecteur. L’écrivain autiste Josef Schovanec témoigne à ce sujet de l’importance qu’ont eue les livres dans sa formation : « J’ai appris le langage par la lecture et l’écriture ».

Sitôt qu’on prend le goût de lire, il faut le transmettre. Dans nos grandes villes de plus en plus éclaboussées de lumières artificielles, de klaxons et de bêtise, il faut faire circuler les feux follets et ménager ces espaces de silence et de recueillement où l’esprit peut encore s’allumer.  Les lecteurs, les professeurs, les libraires, à condition qu’ils soient inspirés, connaissent l’art de libérer un texte et de lui donner une chair et une voix. Alors le livre cesse d’être un ectoplasme, une momie casée à l’intérieur d’un meuble, un objet ratatiné, un produit commercial doté d’un code barre ; il se met à respirer, à palpiter et on a envie de le prendre dans ses mains, de le caresser pour en extraire le malin génie : c’est ce que me fait remarquer, sous forme de boutade, l’une des lectrices qui vante les mérites du concept de « librairie Chat pitre » : je vous invite à la découvrir via le lien suivant : https://youtu.be/D5Hmp15onfk?si=S_TmLbxod_cmpqhw

Quoi qu’il en soit, avec ou sans ronron, derrière une vitrine ou au-devant d’une boite à livres, quand il a trouvé son âme-sœur, le livre est assez vigoureux pour exister et pour aider le lecteur à résister aux menaces de la standardisation et de l’autodafé, aux dangers de l’IA qui voudrait lui enlever sa chair pour la jeter toute crue au brasier de l’amnésie et des totalitarismes. Une lectrice qui connaît mon goût pour la ville de Rome le dit très bien : « L'intelligence artificielle ne pourra jamais comprendre ce que tu ressens lorsque tu es assis sur une terrasse de Trastevere en train de prendre un verre et d'observer ce qui t'entoure, si tu ne lui dis pas... » Sur ces bonnes paroles, je vous invite à vous rendre à la terrasse d’un café, dans l’un de vos lieux favoris, et à ouvrir le livre de votre choix.

La semaine prochaine, nous nous acheminons vers la fin de cette expérience qui accompagnait la naissance de mon livre.

 

Dans l’atelier d’un livre, épisode 15 : le livre comme base de communication

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Sortie officielle de "Lire ou pâlir à sa vue"

Publié le par Eric Bertrand

Après tous les méandres de la création, les multiples relectures, il sort enfin aujourd'hui et vous le trouvez ou le commandez chez votre libraire préféré.

En attendant, découvrez l'avis de l'éditeur sur ce communiqué de presse.

Intelligence artificielle ; lecture ; dystopie ; amour

Intelligence artificielle ; lecture ; dystopie ; amour

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Un premier article au sujet de "Lire ou pâlir à sa vue"

Publié le par Eric Bertrand

Cette semaine dans le Phare de Ré, journal hebdomadaire de l'île de Ré, un article qui accompagne la publication ce vendredi 21 février chez Hello Edition d'un livre qui a mis du temps à germer puisque les premières bases sont en 2022...

 

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Dosette de lecture n°145 : Franck Pavloff : "Matin brun" ou matin américain ?

Publié le par Eric Bertrand

Le soleil se lève-t-il de la même façon tous les matins, et le ciel prend-il toujours la même couleur ? Lorsqu’en 1998 l’auteur Franck Pavloff choisit de donner à son petit récit de quelques pages le titre de « Matin brun », il examine de façon métaphorique la fin d’un lent processus qui a produit un changement radical de couleur et d’orientation au sein de la société.

Dans ce monde où les livres viennent d’être interdits parce qu’ils n’associent pas l’adjectif « brun » aux mots « chat » et « chien », du jour au lendemain, il est interdit de posséder des animaux domestiques qui ne soient pas bruns au risque d’être emmené par « les Bruns ». De la même façon, les autorités imposent une seule radio, « Radio brune » et un seul journal, les « Nouvelles brunes ». Et le narrateur se demande où cela va finir car la radio vient de lancer un nouveau communiqué : « Avoir eu un chien ou un chat non conforme, à quelque époque que ce soit, est un délit. Injure à l’État national. »

On pourrait ainsi, imaginer la suite : chasser tous les agents de l’État qui ne pensent pas brun, obliger les pays d’Europe à voter brun, exploiter le sol ukrainien pour en tirer de l’or brun et remplacer les ruines de Gaza par de belles villas et de grandes étendues de sable brun…  

 

Dosette de lecture n°145 : Franck Pavloff : "Matin brun" ou matin américain ?

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