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Rue le Saphir : Balades à La Rochelle (32)

Publié le par Eric Bertrand

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              Les bateaux quittent le port de La Rochelle et s’en vont sur le vaste océan pour des missions qui ne sont pas toujours heureuses. Avec le développement économique du pays, la ville s’est engagée dans le commerce de « bois d’ébène », c’est ainsi qu’on désignait le trafic d’esclaves par exemple entre les côtes africaines et Saint-Domingue pour cette goélette nommée « le Saphir" et dont on trouve un ex-voto dans la cathédrale Saint-Louis.

              Trafic juteux comme chacun sait et qui impliquait côté occidental, un stock de pacotilles à échanger... C’est dans ce sens qu’il faut lire la « chute » de la chanson interprétée par Julien Clerc, extrait du long poème « l’Horizon chimérique » de Jean de la Ville de Mirmont. Ce dernier, ami de François Mauriac, a connu un destin tragique aux champs d’honneur, frappé par un obus sur le Chemin des Dames.

 

Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.

À vivre parmi vous, hélas ! avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.

Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée,
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux...
Ô ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée?

Voilà ! Je suis parti plus loin que les Antilles,
Vers des pays nouveaux, lumineux et subtils.
Je n’emporte avec moi, pour toute pacotille,
Que mon cœur... Mais les sauvages, en voudront-ils ?

 

 

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Les éléphants de la rue de la Noue : Balades à La Rochelle (31)

Publié le par Eric Bertrand

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Au détour de deux grandes artères, avenue Général Leclerc d’un côté et Chemin des Remparts de l’autre, ils avancent la grâcieuse « molesse » d’un jeune éléphant » comme l’écrit Baudelaire. La Rochelle n’est pas une de ces villes comptoirs de l’Inde où le commerce s’affiche dans la diversité de ses moyens de transport. Les oreilles sculptées de ces éléphants de pierre ne balancent pas au milieu de la foule cosmopolite, mais elles affichent dans la mémoire de la cité, ce souvenir des liens entre La Rochelle et la Côte d’Ivoire.

                 Le capitaine au long cours Arthur Verdier (dont le nom figure sur le monument aux côtés de ses deux associés Amédée Brétignère et Marcel Treich-Laplène) débarque en 1863 dans la ville de Grand-Bassam à bord d’une goélette chargée de pacotilles. Il crée des relations avec des tribus locales et jette ainsi les bases d’un comptoir d’échange avec la Côte d’ivoire...

                 Les effluves de café flottent encore au-dessus de la petite place aux palmiers où les éléphants sont désormais pétrifiés, gardiens jaloux des trois négociants dont les noms restent gravés. Rêvons un moment de paresse en écoutant ce poème de Leconte de l’Isle intitulé « Les Eléphants »

 

Tel l'espace enflammé brûle sous les cieux clairs.
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Lés éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes
Vont au pays natal à travers les déserts.

D'un point de l'horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l'on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit,
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine
Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l'oeil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume ;
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu'importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l'hippopotame énorme,
Où, blanchis par la Lune et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité ;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l'horizon s'effacent.

 

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Quai Valin : Balades à La Rochelle (30)

Publié le par Eric Bertrand

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               « Quant à l'affranchissement des esclaves, on conçoit en effet que si les actes en étaient multipliés à un certain point, ces affranchis pourraient en grand nombre venir habiter le royaume, s'y mêler avec le sang François par des mariages, et faire passer à leurs enfants leurs inclinations vicieuses, dont les traces se retrouveraient jusque dans une postérité fort reculée. C'est à quoi on n’avait pas d'abord fait assez d'attention. La faveur de la liberté l’avait emporté sur le bien de l'Etat »

                Pas ces propos tenus en 1790 afin de contrer la pensée de l’armateur Missy défendant la cause des Noirs, le juriste Valin flattait la bonne conscience de beaucoup de Rochelais qui avaient trouvé dans le commerce triangulaire une prospérité économique. Citons par exemple le nom de « Rasteau » qui a son square à La Rochelle, tout près de la rue de l’Escale. Les Rasteau étaient une famille d’armateurs et de négociants. Ils menaient des négoces avec Saint Domingue où ils vendaient des esclaves africains.

                 Le quai Valin épouse l’arrondi du port, ouvre sur les deux tours et la fenêtre gris bleu de l’océan. Les bateaux qui quittent le port servent de point de fuite à ce mouvant tableau. 

 

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Rue de Missy2 : Balades à La Rochelle (29)

Publié le par Eric Bertrand

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               Dans ce contexte d’euphorie où même les planteurs font figure de pasteurs de leurs troupeaux, les armateurs « surfent » sur la vague esclavagiste. Il faut contenter la demande et, du moment que les affaires vont bon train, pourquoi se poser des questions ?

               Dans les années 1790, en dépit de l’indignation qu’il soulève chez ses concitoyens, mais au nom de principes humanitaires, l’armateur Samuel de Missy « s’indigne » contre la pratique de l’esclavage et milite en leur faveur au sein de la société des « Amis des Noirs ». Immédiatement, c’est le tollé à la Rochelle ! On le juge traitre à son clan et on tente de lui faire comprendre les conséquences de sa prise de position...

               Après maintes hésitations, Missy doit ravaler ses scrupules humanitaires et rallier l’avis général : certes, il peut arriver que certains Noirs soient maltraités au sein des exploitations ou durant la traversée à bord de goélettes relativement inconfortables, mais tout de même ! Ces créatures gagnent plus qu’elles ne perdent ! Et puis, un honnête Rochelais de la trempe de Samuel de Missy voudrait-il vraiment se rendre coupable de la ruine de ses concitoyens ?...

 

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Rue de Missy1 : Balades à La Rochelle (28)

Publié le par Eric Bertrand

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             Nous sommes en plein XVIII° siècle et le commerce triangulaire fait la fortune de nombreux armateurs installés dans les villes de Bordeaux, Nantes ou La Rochelle. L’exploitation d’esclaves noirs ou « bois d’ébène » est à la base de cette prospérité « C’est à ce prix que vous mangez du sucre » s’exclame le nègre du Surinam dans « Candide ». Le fait est qu’à ce prix en effet, il vaut mieux fermer les yeux de la conscience afin de  maintenir une source juteuse de profits de diverses sortes.

              Même des philosophes comme l’auteur de « Candide » ou Montesquieu qui a pourtant, lui aussi, souligné les injustices et les discriminations à l’égard du peuple noir, ne l’ont fait qu’à moitié pour préserver quelques unes de leurs actions dans la Compagnie des Indes.

              A La Rochelle, l’activité remonte à 1640, et le commerce opère notamment avec la Martinique, la Guadeloupe ou Saint-Domingue. Comme à Nantes ou à Bordeaux, de splendides hôtels particuliers rue Réaumur, Rue de l’Escale ou Admyrault en sont les signes. Les Rochelais soutiennent aisément la thèse selon laquelle les Noirs sont de grands enfants, « à l’inclination vicieuse » comme l’écrit en 1790 le juriste rochelais Valin... Les Occidentaux sont la providence de ces « sous-hommes » qu’il faut aider et sortir des ténèbres.  

Comme l’écrit ironiquement Montesquieu !

Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez les nations policées, est d’une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

 

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