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Réécrire une fable de La Fontaine : « le Loup et le chien » (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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                     Dans ce blog, je consacre parfois certains articles à l’enseignement quand celui-ci opére dans le domaine de l’écriture. Ainsi, ce petit travail qui a consisté à demander aux élèves d’adapter la fable de La Fontaine « le Loup et le chien » pour la scène.... Exercice donné à la fin du chapitre sur le théâtre, avec les connaissances et les acquis supposés. Il n’en reste pas moins qu’il leur fallait un guide comme celui qui suit :

 

Préparation : préparation pour le passage d’un genre à un autre : de la fable à la scène de théâtre (didascalies, personnages, répliques)

 

- Lieu : sur un sentier près de la forêt

- Personnages : le loup, le chien

- Caractère des personnages : le chien : méprisant, cupide, corrompu. Le loup : hésitant, naïf, influençable, libre.

- Les étapes de la scène : le chien et le loup se rencontrent. Le loup admire la santé du chien. Le chien lui explique les raisons de sa santé et l’invite à le rejoindre et à l’imiter. Le loup accepte mais se rend compte des inconvénients que comporterait sa nouvelle situation.

- Les discours fournis par le récit : on peut les utiliser mais il faut les simplifier et les adapter à la langue moderne. 

                    Et demain, une proposition entièrement rédigée. En attendant, pour mémoire, voici la fable !

 

Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
"Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
"Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

 

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Version cinéma des voyages de Gulliver

Publié le par Eric Bertrand

                    Voici un moment attendu ! Le film « Gulliver » sort au cinéma ! Alors que mes élèves de 6° apprennent leur texte et s’apprêtent à travailler d’arrache-pied dès la rentrée des vacances avec le metteur en scène, on dirait que « l’événement » est téléphoné et que moi-même, en début d’année, j’avais prévu de « surfer » sur la vague pour retenir le choix de Gulliver !

                    Quoi qu’il en soit, j’aime que ce que font mes élèves en matière de littérature soit relayé à un niveau plus médiatique. Le travail des Lilliputiens intéresse alors le travail des géants et le travail des géants peut aussi s’intéresser au travail des Lilliputiens !

                    Certains élèves réclament d’aller voir le film « en classe complète » sur le temps des cours (bien évidemment – en 6°, ils ont l’esprit déjà retors -)... Ils n’ont pas conscience de la lourdeur administrative et logistique qu’il y a derrière chaque projet (surtout lorsqu’il est spontané !)

                    Je leur suggère simplement de se retrouver dans une salle obscure pendant les vacances !

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Le naufrage de la haie et la mise à plat de la pédagogie (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

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                   Ce que, à partir de la réflexion de Michel Serres, j’analysais hier comme « naufrage de la haie » est valable aussi dans le domaine de l’évolution de la pédagogie. Naguère, chaque professeur (notamment de français, discipline ô combien ouverte à l’aventure imaginaire, du moins c’est toujours comme ça que j’ai considéré ce métier) était un bosquet d’imprévisible jaillissement, un « buisson ardent » dans lequel l’élève un peu curieux venait « buissonner »... Buissonner pour dénicher de l’idée, de l’intuition, de l’invention, de l’énergie, de la saveur, du trouble, de l’enthousiasme, de la rêverie, de l’éveil, de la lucidité, du raffinement, de l’intelligence... Bosquets du printemps remplis de pollen et de plantes grimpantes aux fruits interdits... Instants de Paradou dans une journée un peu sèche

                    « Foin des délices de Capoue » dirait Brassens ! La tendance actuelle va dans un tout autre sens : celui de « l’acquisition et la validation de compétences ». Aucune discipline n’y échappe. Il faut désormais construire le cours en fonction de ces indicateurs à acquérir, défricher pour « démembrer », découper pour organiser, labourer pour produire... Un tableau de compétences est un champ exploitable par le soc informatique, mais, comme tout champ à cultiver, en adret ou en ubac, il lui manque ses moments d’oxygène, de fraicheur, de chaleur, d’ombre et de lumière.

 

 

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Le naufrage de la haie et la banalité du paysage (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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                   Je parcourais lundi un article de la plume de Michel Serres paru dans Ouest-France dans lequel il déplorait, entre autres « déserts », l’apparition du « désert agricole ». Après l’exode rural, plus de haies dans les champs, plus de barrières naturelles marquant la frontière entre deux zones de culture, arbustes, noyers, pommiers, cerisiers, pruniers, pêches de vigne, noisettes, muriers... (Je revois certains de mes sentiers isérois le long desquels je m’évadais...) Tout est arasé, uniformisé, rentabilisé... Dans cet arrangement du territoire, quel espace à la fantaisie, à l’errance, à l’imaginaire, à l’humus ?

                   Tant de choses en effet vont dans ce sens depuis quelque temps. Est-ce un signe supplémentaire de la mondialisation ? De la marche triomphale de la société de consommation qui exhibe désormais dans les villes et à l’entrée des villes, les mêmes panneaux publicitaires, les mêmes franges, les mêmes paillettes ?

                    Quel espace le poète peut-il encore investir avec son sac à dos, son « unique paletot à poches trouées » et ses « manteaux de bure dans lequel on voit des constellations » ? Ecoutons le vagabond Rimbaud, spécialiste du talus, (sur la pente du talus les anges tournent leurs robes de laine dans les herbages d'acier et d'émeraude)  s’émerveiller au XIX° siècle de la magie des ponts, véritables frontières entre deux mondes...

 

Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bombés, d'autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D'autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics ? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. - Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.

 

 

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Bilan philosophique de « Gulliver mis en pièce »

Publié le par Eric Bertrand

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                Même si la pièce s’adresse à un public large et qu’elle cherche à l’amuser, cela n’empêche qu’elle doit aussi l’instruire. « Instruire en amusant », c’était la devise de Molière au XVII° siècle lorsqu’il écrivait ses comédies. De plus, notre pièce s’inspire d’un conte philosophique... Il fallait donc une scène un peu plus « philosophique » que les autres !

                Les juges veulent interroger Gulliver afin de faire progresser la connaissance grâce à un échange véritable entre des êtres de culture différente. Il est bon parfois de prendre ses distances par rapport à des habitudes qu’on subit sans s’en rendre compte... C’est du moins ce que le roi (peut-être plus éclairé que ses sujets, ce qui justifierait son statut de roi) a confié comme mission à ses juges : « ce qui intéresse également notre souverain, ce sont les informations susceptibles de nous amener à réfléchir sur nos propres usages ! »

                     Ils sont par moments capables de dire des vérités philosophiques : « l’homme étant n’est-ce pas, qu’il soit lilliputien ou géant, incapable d’atteindre à la perfection ! », ils citent même (en l’arrangeant à leur manière) une phrase chère aux philosophes  « ah, que les peuples seront heureux quand les Lilliputiens seront philosophes ! »  Hélas, ces juges sont avant tout des vaniteux (défaut souvent constaté chez d’autres Lilliputiens !) : vous avez enrichi votre esprit de la connaissance de notre belle langue lilliputienne... et puis ils cherchent à se donner de l’importance comme les « sages » dans la scène 3... Dès lors, il ne faut pas s’étonner de voir la scène virer à l’affrontement, d’autant plus que Gulliver est lui aussi « chatouilleux » sur la question de sa patrie.

                          La peinture qu’il en fait est déformée par sa nostalgie du pays. Certes, le Royaume-Uni est un beau pays où la terre est fertile, où l’on prêche la tolérance et où des livres philosophiques sont publiés,  mais c’est une nation agressive dont le système politique privilégie seulement les plus riches. Dans ces conditions, l’échange dégénère en dispute parce que l’un des juges a sous-entendu que les Anglais étaient des Lilliputiens. Les insultes et les menaces fusent : « un radiateur à lilliputiens », « agressif petit géant dont les chevilles ont enflé », « bouées que vous avez à la place du cerveau », « misérables microbes, nous vous réduirions à l’esclavage !... Des nuées de petits Lilliputiens embauchés comme des moucherons pour nettoyer nos rues ! »

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