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« Antigone », passage de témoin

Publié le par Eric Bertrand

 

 

 

J’ai toujours aimé le théâtre, notamment parce qu’il permet de dire, d’articuler, d’échanger des beaux textes dans le cadre clos de l’espace scénique qui est aussi l’enceinte du public. Parler sur la scène, c’est comme parler au creux de l’oreille du spectateur.

             L’un des premiers grands textes que j’ai eu l’occasion de savourer en qualité d’acteur et de membre de troupe, ce fut la pièce d’Anouilh, « Antigone »... Lorsque je débutais mon enseignement à l’université d’Aberdeen, un professeur écossais avait eu l’idée de la monter et j’avais hérité du rôle de Hémon...

             J’entendrai toute ma vie ces scènes jouées par les étudiants avec cette pointe gracieuse d’accent qui donnait une force particulière au discours. Surtout le début, lorsque tout commence, et qu’Antigone revient de « la campagne ». Elle a  quitté sa chambre de princesse, elle a transgressé la loi fixée par son oncle Créon, et surtout, elle a vu, peut être pour la première fois, le soleil se lever.

« Tout est déjà rose, jaune, vert. C’est devenu une carte postale... »

             Et jeudi soir, c’était ma fille Nolwenn, qui disait ce texte avec beaucoup d’émotion et de maîtrise devant un public recuilli.

                     « J’ai cru au jour la première (...) C’est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes »

              L’une de mes distractions favorites à Aberdeen (où je disposais de beaucoup de temps libre), c’était justement de « croire au jour » et de partir avant l’aube en direction de la mer, équipé de mon appareil photos. Puisse-t-elle, elle aussi, avoir hérité de cette valeur.

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« Les Soliloques de Mariette » à la Coursive

Publié le par Eric Bertrand

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                C’était vendredi soir, dans une petite salle intimiste, « la salle des répétitions », située au 3° étage de la Coursive de La Rochelle, que cette « cancanière » attendait le spectateur... On se retrouvait environ 80 comme assis sur les marches au coin d’une cuisine, aux côtés de Mariette, la servante de la tapageuse et aristocratique Ariane, « Belle du seigneur » de Cohen.

                20h30, on a envie de causer le vendredi soir... Et la loquace Mariette, seule en scène et en mal de compagnie, se met aussitôt à déballer tout ce qu’elle a sur le cœur, avec cet  accent savoureux et cette langue pittoresque qui rappelle le franc-parler de la Françoise de Proust (laquelle a été incarnée dans le récent téléfilm à partir de A la Recherche du temps perdu par la même comédienne, Anne Danais). Le torchon sur l’épaule, Anne Danais, avec sa pointe d’accent charentais et sa silhouette de domestique flamande (sortie tout droit d’un tableau de Vermeer), incarne à merveille deux servantes qui ont leur mot à dire dans les deux grands romans du grand monde...

                Le texte du « soliloque » est composé de trois extraits, trois « moments » qui permettent, même à ceux qui ne connaissent pas le pavé de 900 pages, de saisir l’essentiel. La maîtresse de Mariette est majestueuse, riche, elle s’ennuie chez elle et finit par prendre un amant : commence alors le jeu dangereux de la séduction. Cohen en profite alors pour disséquer avec cynisme et distance les pulsions et les non-dits du jeu de l’amour. Et Mariette trouve dans cette affaire, qui la choque et la fascine, de quoi occuper les moments creux du ménage et agrémenter les plis et les coutures...

                 « Pas de chichis » et pas de fioriture avec Mariette ! Tout de même, mon pauvre monsieur, ça ne se fait pas ! La bonne met son tablier, pose son petit chapeau, découpe une pomme, savoure son café, astique l’argenterie, hausse les épaules, laisse le silence, grimace, sourit, soupire, chante : « parlez-moi d’amour », « la vie en rose », « le cœur est un grelot sur la lourde chaine de la vie »... Et le spectateur reçoit la confidence, rentre dans le ménage, l’arrière-cuisine, écoute, comprend, acquiesce et a presque envie de plaisanter avec l’indiscrète.

                   Et parfois (et c’est peut-être cela la vraie magie du théâtre), à certains instants, au détour d’une expression, d’une mimique, d’un vieil air fredonné, il retrouve le souvenir enfoui d’une vieille silhouette, d’une arrière-grand-mère en bas gris, d’une grand-mère à principes, d’une voisine un peu bourrue et radoteuse, d’une vieille paysanne du marché, s’improvisant confidente un jour de chagrin...

 

 

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Andrei Makine : « le Testament français » (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

          

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               La scène se passe en Sibérie. L’auteur raconte comment il a « ébloui » un soldat rude et inculte par le seul récit du contenu de l’un des beaux poèmes de Hugo extrait de « l’Année terrible ». Sa grand-mère le lui avait raconté et il le fait à son tour à cet auditeur inattendu.

 

Sur une barricade, au milieu des pavés

Souillés d'un sang coupable et d'un sang pur lavés,

Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.

— Es-tu de ceux-là, toi ? — L'enfant dit : Nous en sommes.

— C'est bon, dit l'officier, on va te fusiller.

Attends ton tour. — L'enfant voit des éclairs briller,

Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.

Il dit à l'officier: Permettez-vous que j'aille

Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?

— Tu veux t'enfuir ? — Je vais revenir. — Ces voyous

Ont peur ! Où loges-tu ? — Là, près de la fontaine.

Et je vais revenir, monsieur le capitaine.

— Va-t'en, drôle ! — L'enfant s'en va. — Piège grossier !

Et les soldats riaient avec leur officier,

Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle ;

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,

Brusquement reparu, fier comme Viala,

Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.

 

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Andrei Makine : « le Testament français » (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

 

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                  En ces temps où le français est souvent malmené, il est plaisant et, pour certains Don Quichotte de la langue, jubilatoire de tenir en main des livres qui rendent hommage à la belle langue et à la culture françaises. C’est le cas de Makine, écrivain d’origine russe qui se penche sur son enfance et sur ce qu’il appelle son « Atlantide », à savoir la lente remontée à la surface de cette terre d’origine, la France, que lui révèle sa grand-mère Charlotte.

                  Charlotte a vécu à Paris dans l’entre-deux guerres, elle en a conservé une élégance, une distinction, un charme qui nourrit et enrichit le narrateur et le pousse à se construire à travers la conscience de cette altérité. Le récit de la grand-mère l’amène tout naturellement à la Littérature qui lui facilite l’accés à la Beauté du français.   

                   Non seulement le récit traque les images enfouies, les mots, les paysages, les figures colorant cette « cité engloutie », mais chemin faisant, il rend au français, par la noblesse de son style et la délicatesse de ses références, un hommage vibrant. Je reviens demain sur l’une de ses références qui m’ont particulièrement interpellé puisqu’elle faisait référence à Hugo...

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Un blog à conseiller

Publié le par Eric Bertrand

 

 

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                  Pour tous ceux de mes lecteurs qui aiment la Bretagne, la lecture et  l’authenticité de la confidence, je vous recommande simplement d’aller rendre une petite visite à Anne-Marie sur le nouveau blog qu’elle vient d’ouvrir.

                  Julien Clerc, Souchon, Gainsbourg, Brest, Douarnenez... Autant d’éléments qui figurent déjà dans les premiers articles et qui révèlent tous les points communs qui nous ont amenés à nous rencontrer à travers les livres.

                 Allez-y sans façon. Je suis sûr que vous trouverez dans cette écriture un aliment précieux qui se partage : l’humanité. Il suffit de cliquer sur le lien suivant.

 

 

http://antigone55.over-blog.com/

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