Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Truman show, fable sur la téléréalité

Publié le par Eric Bertrand

                 Le film « le Truman show » (que je viens de découvrir par hasard, grâce au conseil avisé de ma fille qui l’avait étudié en anglais) date de 1998. A cette époque, les émissions de téléréalité commençaient à soulever les passions du téléspectateur léger, tendance voyeuriste. C’était juste avant la vague « Loft Story » qui déclencha sur M6 et dans toute l’Europe la folie que l’on sait...

                 Imaginons un enfant, élevé par le producteur d’une émission de téléréalité, et « embauché » à son insu par la même émission dès le jour de sa naissance. Le producteur tient définitivement sa victime. L’enfant n’a pas de parents, et dés lors, il grandit sous les feux et la vaste illusion d’un immense studio, image truquée du réel.

                 Complètement « accroc » au « Truman show », le téléspectateur vit intensément le scénario d’une vie filmée pas à pas, dont l’acteur principal est plus vrai que nature. De temps en temps, la télévision envoie un message publicitaire par le biais d’un acteur qui joue aux côtés de Truman : la mère qui vante les mérites d’un produit détergent, la copine qui s’émerveille sur la saveur d’une nouvelle marque de chocolat...

                  Tout est matière à profit dans cette émission destinée avant tout au consommateur moyen d’une cynique société de consommation. Il faut faire en sorte que le téléspectateur s’identifie au héros... Truman est emmailloté dans les rets du filet audiovisuel. Au dessus de sa tête, les ficelles de l’existence sont tirées méthodiquement, les unes après les autres. Rêves, argent, carrière, amours, ruptures, voyages, amis, amantes... Tout est faux, prévu d’avance, scénarisé et le principal intéressé n’en sait rien, ne sait pas qu’il vit dans une bulle, que le monde qui l’entoure est de la matière de studio et qu’au bout de la chaine, une espèce de Big Brother contrôle tout, pour le bien être et le conditionnement du téléspectateur idéal...

Voir les commentaires

« La chanson de l’Organisme » : relance du projet

Publié le par Eric Bertrand

studios (23) [1600x1200]

                Le projet de chanson était en veilleuse du fait de la « gestation » musicale que couvait Christian... Après un moment d’intense activité, il m’a enfin envoyé « la maquette son ». Nous allons donc être en mesure de redémarrer l’activité et de repasser en studio avec « nos ados » en charge de l’enregistrement de la chanson et du clip.

                Je souhaiterais que les choses avancent vite désormais car la période hivernale avait bel et bien endormi l’organisme !

 

Voir les commentaires

« Antigone », passage de témoin

Publié le par Eric Bertrand

 

 

 

J’ai toujours aimé le théâtre, notamment parce qu’il permet de dire, d’articuler, d’échanger des beaux textes dans le cadre clos de l’espace scénique qui est aussi l’enceinte du public. Parler sur la scène, c’est comme parler au creux de l’oreille du spectateur.

             L’un des premiers grands textes que j’ai eu l’occasion de savourer en qualité d’acteur et de membre de troupe, ce fut la pièce d’Anouilh, « Antigone »... Lorsque je débutais mon enseignement à l’université d’Aberdeen, un professeur écossais avait eu l’idée de la monter et j’avais hérité du rôle de Hémon...

             J’entendrai toute ma vie ces scènes jouées par les étudiants avec cette pointe gracieuse d’accent qui donnait une force particulière au discours. Surtout le début, lorsque tout commence, et qu’Antigone revient de « la campagne ». Elle a  quitté sa chambre de princesse, elle a transgressé la loi fixée par son oncle Créon, et surtout, elle a vu, peut être pour la première fois, le soleil se lever.

« Tout est déjà rose, jaune, vert. C’est devenu une carte postale... »

             Et jeudi soir, c’était ma fille Nolwenn, qui disait ce texte avec beaucoup d’émotion et de maîtrise devant un public recuilli.

                     « J’ai cru au jour la première (...) C’est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes »

              L’une de mes distractions favorites à Aberdeen (où je disposais de beaucoup de temps libre), c’était justement de « croire au jour » et de partir avant l’aube en direction de la mer, équipé de mon appareil photos. Puisse-t-elle, elle aussi, avoir hérité de cette valeur.

Voir les commentaires

« Les Soliloques de Mariette » à la Coursive

Publié le par Eric Bertrand

Annee-2011 0088 [1600x1200]

 

                C’était vendredi soir, dans une petite salle intimiste, « la salle des répétitions », située au 3° étage de la Coursive de La Rochelle, que cette « cancanière » attendait le spectateur... On se retrouvait environ 80 comme assis sur les marches au coin d’une cuisine, aux côtés de Mariette, la servante de la tapageuse et aristocratique Ariane, « Belle du seigneur » de Cohen.

                20h30, on a envie de causer le vendredi soir... Et la loquace Mariette, seule en scène et en mal de compagnie, se met aussitôt à déballer tout ce qu’elle a sur le cœur, avec cet  accent savoureux et cette langue pittoresque qui rappelle le franc-parler de la Françoise de Proust (laquelle a été incarnée dans le récent téléfilm à partir de A la Recherche du temps perdu par la même comédienne, Anne Danais). Le torchon sur l’épaule, Anne Danais, avec sa pointe d’accent charentais et sa silhouette de domestique flamande (sortie tout droit d’un tableau de Vermeer), incarne à merveille deux servantes qui ont leur mot à dire dans les deux grands romans du grand monde...

                Le texte du « soliloque » est composé de trois extraits, trois « moments » qui permettent, même à ceux qui ne connaissent pas le pavé de 900 pages, de saisir l’essentiel. La maîtresse de Mariette est majestueuse, riche, elle s’ennuie chez elle et finit par prendre un amant : commence alors le jeu dangereux de la séduction. Cohen en profite alors pour disséquer avec cynisme et distance les pulsions et les non-dits du jeu de l’amour. Et Mariette trouve dans cette affaire, qui la choque et la fascine, de quoi occuper les moments creux du ménage et agrémenter les plis et les coutures...

                 « Pas de chichis » et pas de fioriture avec Mariette ! Tout de même, mon pauvre monsieur, ça ne se fait pas ! La bonne met son tablier, pose son petit chapeau, découpe une pomme, savoure son café, astique l’argenterie, hausse les épaules, laisse le silence, grimace, sourit, soupire, chante : « parlez-moi d’amour », « la vie en rose », « le cœur est un grelot sur la lourde chaine de la vie »... Et le spectateur reçoit la confidence, rentre dans le ménage, l’arrière-cuisine, écoute, comprend, acquiesce et a presque envie de plaisanter avec l’indiscrète.

                   Et parfois (et c’est peut-être cela la vraie magie du théâtre), à certains instants, au détour d’une expression, d’une mimique, d’un vieil air fredonné, il retrouve le souvenir enfoui d’une vieille silhouette, d’une arrière-grand-mère en bas gris, d’une grand-mère à principes, d’une voisine un peu bourrue et radoteuse, d’une vieille paysanne du marché, s’improvisant confidente un jour de chagrin...

 

 

Voir les commentaires

Andrei Makine : « le Testament français » (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

          

Eté (partie 2) (12) [1600x1200]

               La scène se passe en Sibérie. L’auteur raconte comment il a « ébloui » un soldat rude et inculte par le seul récit du contenu de l’un des beaux poèmes de Hugo extrait de « l’Année terrible ». Sa grand-mère le lui avait raconté et il le fait à son tour à cet auditeur inattendu.

 

Sur une barricade, au milieu des pavés

Souillés d'un sang coupable et d'un sang pur lavés,

Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.

— Es-tu de ceux-là, toi ? — L'enfant dit : Nous en sommes.

— C'est bon, dit l'officier, on va te fusiller.

Attends ton tour. — L'enfant voit des éclairs briller,

Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.

Il dit à l'officier: Permettez-vous que j'aille

Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?

— Tu veux t'enfuir ? — Je vais revenir. — Ces voyous

Ont peur ! Où loges-tu ? — Là, près de la fontaine.

Et je vais revenir, monsieur le capitaine.

— Va-t'en, drôle ! — L'enfant s'en va. — Piège grossier !

Et les soldats riaient avec leur officier,

Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle ;

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,

Brusquement reparu, fier comme Viala,

Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.

 

Voir les commentaires