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« Ridicule » au collège

Publié le par Eric Bertrand

 

 

 

           Chaque année, je profite de l’opération « Collège au cinéma » pour amener les élèves voir trois films qui méritent une réflexion au moins préalable. Ce premier trimestre, c’est « Ridicule », de Patrice Leconte, qui est à l’honneur.

           Pas un univers facile d’accès à première vue puisqu’il plonge le jeune ado illettré au cœur de la courtisanerie et de ces salons « post-précieux » dans lesquels se faisaient ou se défaisaient les réputations. A travers une image vigoureuse, l’acteur Jean Rochefort résume bien la situation : selon celui qui incarne un petit marquis, tout se passe un peu comme dans un western dont les colts seraient les bons mots.

           C’est dire le climat particulier qui règne entre les personnages. La légende veut par exemple que, sur son lit de mort, Louis XVIII, songeant à son successeur Charles X, ait lancé à ses médecins cette formule jolîment ambiguë et digne du film : « dépêchez-vous, Charles attend (charlatans) ! »

           On n’est plus à la cour de Louis XIV, mais on retrouve bien le climat de « la cour du Lion » si souvent évoqué par La Fontaine. Les singes et les léopards, les renards et les ours s’y font concurrence et rivalisent de moyens et d’artifices... C’est donc le masque d’une fête du bel esprit qu’il faut décrypter pour faire apparaître la vérité contemporaine du film : les élèves seront alors à leur aise. Avec un minimum de perspicacité, ils prendront sans doute plaisir à retrouver les jeux impitoyables des sociétés libérales qu’ils habitent, sociétés où l’intérêt personnel et le goût de l’argent l’emportent largement sur les qualités humaines.

           Et à cette occasion, relisons quelques-unes des Fables de La Fontaine qui demeure, plus que jamais, notre complice. Par exemple « la Cour du lion », « les Animaux malades de la peste », « les Obsèques de la lionne » ou encore « le Singe et le léopard ».

 

 

 

 

 

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« Dans la chaleur de la nuit »

Publié le par Eric Bertrand

 

 

« In the heat of the night »... Beau titre lourd de grand sud américain au début des années 60. Relents de Ku-Klux Klan et de William Faulkner, « Lumière d’août », « le bruit et la fureur » et, du côté cinéma, le terrifiant début de « La Ligne verte », ou encore le grinçant « o’Brother » et ses scènes ubuesques de Ku-Klux-Klan.

                 Mais rien d’ubuesque « Dans la chaleur de la nuit ». Au contraire, beaucoup d’implacable sobriété. L’histoire se passe dans une petite ville du Mississipi. Alors qu’il fait sa tournée après sa pause dans le traditionnel drugstore de bord de route, le shérif pile sur le cadavre d’un homme. A proximité de ce cadavre, un Noir qui passe immédiatement pour le coupable idéal.

                  La ségrégation raciale est immédiatement perceptible dans cette ville à proximité de laquelle on récolte encore le coton pour le bénéfice d’un grand propriétaire. Et dans cette plantation, de toute éternité, les serviteurs noirs sont dévoués et soumis au maître. Or ce coupable idéal, incarné superbement par Sidney Poitier se révèle être un officier de police réputé qui décide de mener lui-même l’enquête, en même temps que les Blancs. Eux souhaiteraient la bâcler, c’est là toute la différence de méthode...

                  L’évidence s’impose aussitôt, « le négre » a beaucoup plus d’intelligence, de tactique, de métier, d’élégance pour traiter l’affaire et comme la victime est un homme d’affaire important, la veuve réclame que clarté soit faite sur l’assassinat. Ainsi, comme le spectateur, elle reconnaît immédiatement le talent de ce policier qui soulève indignation et  haine dans les milieux influents de la petite ville. L’enquête va-t-elle céder la place au lynchage ? Dans la petite ville, il y a deux bus, deux vitesses et deux destinations... Rien ni personne ne semble pouvoir venir en aide à l’audacieux policier qui mène, à sa façon un combat à la Rosa Parks.

 

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« Vénus noire »

Publié le par Eric Bertrand

             Beau sujet que les cas tératologiques et la fascination abjecte que la populace ressent devant les monstres de foire exhibés par un sinistre impressario... J’avais aimé « l’Homme qui rit », ce grimacier effroyable décrit par Hugo, j’avais aimé « Elephant man », cet « être humain » que la foule prenait pour « un animal ».

             Le nouveau film de Kéchiche ouvre le rideau sur cette atroce histoire de la Vénus Hottentote, Africaine aux formes hypertrophiées venue en Europe pour exercer ses talents de danseuse, de chanteuse et de musicienne, dotée d’un physique exceptionnel. Mais elle choque aussitôt, parce qu’elle est noire et disporportionnée. Elle est immédiatement étiquetée par ses « montreurs d’ours » comme « phénomène de foire ». Elle ne rapporte beaucoup d’argent qu’à condition de se laisser dresser.

              Il y avait dans cet apologue matière à réflexion sur la barbarie et la bêtise humaine toujours avide d’ausculter « les autres » avec le regard hautain du Civilisé. Dès les premières images du film c’est Cuvier, ce spécialiste en tératologie (science des monstres) qui donne la leçon, exhibe et commente les parties génitales du « phénomène ». Les bons élèves écoutent, examinent, commentent. Cette impression désagréable de voyeurisme consentant ne quitte pas le spectateur tout au long du film. 2h39 de corps, de chair, de fesses, d’alcool et de tripotage.

             Entraîné dans un spectacle grotesque, la malheureuse actrice, qui ne dit pas trois mots et qui s’enveloppe dans une tenue digne du déguisement de Mrs Doubtfire, est visiblement pour le réalisateur « objet cinématographique », et, en tant que telle, tout au long de ces longues 159 minutes, elle est livrée au sarcasme, au mépris, à l’abjection.

             Démuni face aux jeux de caméras appuyés sur les gros plans, les grosses fesses, les gros seins, démuni face aux skectches réitérés de la Vénus donnée à repaître au public de Londres, puis de Paris, dans les cabarets où piaffe la canaille, dans les salons mondains où les nobles viennent s’encanailler, le spectateur se trouve malgré lui complice. Complice d’un « voyage autour du globe » de la malheureuse, dont la rotation ne s’arrêtera enfin que sur un insupportable effet de bouclage... A l’épilogue, les scientifiques la tiennent enfin. Vénus est morte. Ils dissèquent (explosion d’étoiles !) les parties génitales de Vénus. Et le malheureux mont de Vénus retrouve enfin le bocal (et l’écran) du prologue.

 

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Une dose quotidienne d’étymologie

Publié le par Eric Bertrand

         J’ai le goût des mots... goût des bons mots depuis l’époque où je lisais dans Pagnol que le petit Marcel faisait (comme d’autres font une collection de timbres, de voitures, de cartes téléphoniques, de figurines de Goldorak...), une collection de mots !

          Dans mon itinéraire personnel, cette curiosité des mots a été filtrée à l’université par un cours qui s’appuyait sur la science de l’étymologie. J’ai entendu s’exprimer à ce sujet d’éminents spécialistes comme Alain Rey dont le dictionnaire étymologique n’est plus à citer. Mais j’écoute chaque matin avec jubilation la façon dont « le professeur » fait vivre les mots dans sa petite rubrique quotidienne qui ne dure qu’une minute et que vous trouverez là ! Je connais certains d’entre vous qui seront vite adeptes de la petite chronique !

 

http://www.tv5.org/TV5Site/lf/merci_professeur.php?id_cat=3

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Article du mois : « Bel Ami » et le coq de la basse-cour

Publié le par Eric Bertrand

                Les romans du 19° mettent souvent en vedette des figures dont le nom vaut un titre : « la Cousine Bette », « L’Homme qui rit », « Nana », « Mme Bovary », « Bel-Ami »... Tout un programme derrière ces silhouettes souvent édifiantes... Quand on est un homme chez Maupassant, on a plutôt le beau rôle, et ceci au détriment des femmes qui, la plupart du temps, ne sont là que pour assurer la loi de la reproduction au sein de la nature. Conception désabusée de la vie que le génial écrivain a probablement héritée du philosophe Shopenhauer, apôtre de cynisme.

                 Vision décoiffante de la coquette qui ne pare ses cheveux et le reste que pour tomber dans le filet d’un séducteur... Comme son maître Flaubert, Maupassant n’a d’autre projet que de « tordre le cou » au romantisme et aux idées romanesques de ces Mme Bovary qui excitent la convoitise des hommes... Combien de ses œuvres sont consacrées à ce thème ? Relisons « Une Vie » ou la petite nouvelle « une Partie de Campagne »...

                  Les jeunes filles constituent au début des proies idéales et de ce fait, elles fascinent, elles captivent... Puis le temps passe, et on les froisse, on les jette...

                  Beaucoup des contes et nouvelles campés dans la campagne normande s’intéressent au sort de ces pauvresses abusées par la finauderie d’un galant. Il ne s’agit plus alors de petites bourgeoises, de petites cousines d’Emma bien éduquées par les livres, mais de solides paysannes égarées par les feux du printemps ! Prenons le cas de la nouvelle « Histoire d’une fille de ferme » et faisons le rapprochement avec « Bel-Ami » !

Je laisse d’abord le lecteur savourer cet extrait dans lequel on découvre, au tout début de la nouvelle « Histoire d’une fille de ferme », la servante Rose qui se laisse envahir par le trouble de l’été...

Alors caressée par l'ardente lumière, elle sentit une douceur qui lui pénétrait au cœur, un bien-être coulant dans ses membres.

Devant la porte, le fumier dégageait sans cesse une petite vapeur miroitante. Les poules se vautraient dessus, couchées sur le flanc, et grattaient un peu d'une seule patte pour trouver des vers. Au milieu d'elles, le coq, superbe, se dressait. A chaque instant il en choisissait une et tournait autour avec un petit gloussement d'appel. La poule se levait nonchalamment et le recevait d'un air tranquille, pliant les pattes et le supportant sur ses ailes ; puis elle secouait ses plumes d'où sortait de la poussière et s'étendait de nouveau sur le fumier, tandis que lui chantait, comptant ses triomphes ; et dans toutes les cours tous les coqs lui répondaient, comme si, d'une ferme à l'autre, ils se fussent envoyé des défis amoureux.

Que le lecteur veuille bien savourer la richesse de cette description qui en dit long des envies de Rose. Littéralement, elle « attend le mâle » et la suite immédiate de l’histoire ne racontera pas autre chose... Mais il faut aussi apprécier la façon dont les choses s’imposent à la compréhension... Rose est enfermée dans la prison domestique. Le passage qui précède nous la montre dans sa cuisine, affairée à des tâches ménagères. La poule qui « se lève d’un air tranquille », qui, après la bagatelle, « s’étend sur le fumier » est aussi lascive que Rose dont elle est finalement, pour employer un terme à la mode, une sorte « d’avatar » !

Et le coq, parlons du coq ! Ne rappelle-t-il pas le vaniteux Bel-Ami, héros d’un roman façon « amour, gloire et beauté » avant la lettre ! Il est « superbe ». Comme son avatar romanesque, il « choisit » ses poulettes afin de mieux pouvoir ensuite « compter ses triomphes » et accroître le bruit de sa renommée ! Un coq propulsé au sommet de l’Etat ! Un bel-ami portant crête et culotte à poils !

 

Highland-beef2.jpg

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