Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

« Vénus noire »

Publié le par Eric Bertrand

             Beau sujet que les cas tératologiques et la fascination abjecte que la populace ressent devant les monstres de foire exhibés par un sinistre impressario... J’avais aimé « l’Homme qui rit », ce grimacier effroyable décrit par Hugo, j’avais aimé « Elephant man », cet « être humain » que la foule prenait pour « un animal ».

             Le nouveau film de Kéchiche ouvre le rideau sur cette atroce histoire de la Vénus Hottentote, Africaine aux formes hypertrophiées venue en Europe pour exercer ses talents de danseuse, de chanteuse et de musicienne, dotée d’un physique exceptionnel. Mais elle choque aussitôt, parce qu’elle est noire et disporportionnée. Elle est immédiatement étiquetée par ses « montreurs d’ours » comme « phénomène de foire ». Elle ne rapporte beaucoup d’argent qu’à condition de se laisser dresser.

              Il y avait dans cet apologue matière à réflexion sur la barbarie et la bêtise humaine toujours avide d’ausculter « les autres » avec le regard hautain du Civilisé. Dès les premières images du film c’est Cuvier, ce spécialiste en tératologie (science des monstres) qui donne la leçon, exhibe et commente les parties génitales du « phénomène ». Les bons élèves écoutent, examinent, commentent. Cette impression désagréable de voyeurisme consentant ne quitte pas le spectateur tout au long du film. 2h39 de corps, de chair, de fesses, d’alcool et de tripotage.

             Entraîné dans un spectacle grotesque, la malheureuse actrice, qui ne dit pas trois mots et qui s’enveloppe dans une tenue digne du déguisement de Mrs Doubtfire, est visiblement pour le réalisateur « objet cinématographique », et, en tant que telle, tout au long de ces longues 159 minutes, elle est livrée au sarcasme, au mépris, à l’abjection.

             Démuni face aux jeux de caméras appuyés sur les gros plans, les grosses fesses, les gros seins, démuni face aux skectches réitérés de la Vénus donnée à repaître au public de Londres, puis de Paris, dans les cabarets où piaffe la canaille, dans les salons mondains où les nobles viennent s’encanailler, le spectateur se trouve malgré lui complice. Complice d’un « voyage autour du globe » de la malheureuse, dont la rotation ne s’arrêtera enfin que sur un insupportable effet de bouclage... A l’épilogue, les scientifiques la tiennent enfin. Vénus est morte. Ils dissèquent (explosion d’étoiles !) les parties génitales de Vénus. Et le malheureux mont de Vénus retrouve enfin le bocal (et l’écran) du prologue.

 

Objets 6753

Voir les commentaires

Une dose quotidienne d’étymologie

Publié le par Eric Bertrand

         J’ai le goût des mots... goût des bons mots depuis l’époque où je lisais dans Pagnol que le petit Marcel faisait (comme d’autres font une collection de timbres, de voitures, de cartes téléphoniques, de figurines de Goldorak...), une collection de mots !

          Dans mon itinéraire personnel, cette curiosité des mots a été filtrée à l’université par un cours qui s’appuyait sur la science de l’étymologie. J’ai entendu s’exprimer à ce sujet d’éminents spécialistes comme Alain Rey dont le dictionnaire étymologique n’est plus à citer. Mais j’écoute chaque matin avec jubilation la façon dont « le professeur » fait vivre les mots dans sa petite rubrique quotidienne qui ne dure qu’une minute et que vous trouverez là ! Je connais certains d’entre vous qui seront vite adeptes de la petite chronique !

 

http://www.tv5.org/TV5Site/lf/merci_professeur.php?id_cat=3

Voir les commentaires

Article du mois : « Bel Ami » et le coq de la basse-cour

Publié le par Eric Bertrand

                Les romans du 19° mettent souvent en vedette des figures dont le nom vaut un titre : « la Cousine Bette », « L’Homme qui rit », « Nana », « Mme Bovary », « Bel-Ami »... Tout un programme derrière ces silhouettes souvent édifiantes... Quand on est un homme chez Maupassant, on a plutôt le beau rôle, et ceci au détriment des femmes qui, la plupart du temps, ne sont là que pour assurer la loi de la reproduction au sein de la nature. Conception désabusée de la vie que le génial écrivain a probablement héritée du philosophe Shopenhauer, apôtre de cynisme.

                 Vision décoiffante de la coquette qui ne pare ses cheveux et le reste que pour tomber dans le filet d’un séducteur... Comme son maître Flaubert, Maupassant n’a d’autre projet que de « tordre le cou » au romantisme et aux idées romanesques de ces Mme Bovary qui excitent la convoitise des hommes... Combien de ses œuvres sont consacrées à ce thème ? Relisons « Une Vie » ou la petite nouvelle « une Partie de Campagne »...

                  Les jeunes filles constituent au début des proies idéales et de ce fait, elles fascinent, elles captivent... Puis le temps passe, et on les froisse, on les jette...

                  Beaucoup des contes et nouvelles campés dans la campagne normande s’intéressent au sort de ces pauvresses abusées par la finauderie d’un galant. Il ne s’agit plus alors de petites bourgeoises, de petites cousines d’Emma bien éduquées par les livres, mais de solides paysannes égarées par les feux du printemps ! Prenons le cas de la nouvelle « Histoire d’une fille de ferme » et faisons le rapprochement avec « Bel-Ami » !

Je laisse d’abord le lecteur savourer cet extrait dans lequel on découvre, au tout début de la nouvelle « Histoire d’une fille de ferme », la servante Rose qui se laisse envahir par le trouble de l’été...

Alors caressée par l'ardente lumière, elle sentit une douceur qui lui pénétrait au cœur, un bien-être coulant dans ses membres.

Devant la porte, le fumier dégageait sans cesse une petite vapeur miroitante. Les poules se vautraient dessus, couchées sur le flanc, et grattaient un peu d'une seule patte pour trouver des vers. Au milieu d'elles, le coq, superbe, se dressait. A chaque instant il en choisissait une et tournait autour avec un petit gloussement d'appel. La poule se levait nonchalamment et le recevait d'un air tranquille, pliant les pattes et le supportant sur ses ailes ; puis elle secouait ses plumes d'où sortait de la poussière et s'étendait de nouveau sur le fumier, tandis que lui chantait, comptant ses triomphes ; et dans toutes les cours tous les coqs lui répondaient, comme si, d'une ferme à l'autre, ils se fussent envoyé des défis amoureux.

Que le lecteur veuille bien savourer la richesse de cette description qui en dit long des envies de Rose. Littéralement, elle « attend le mâle » et la suite immédiate de l’histoire ne racontera pas autre chose... Mais il faut aussi apprécier la façon dont les choses s’imposent à la compréhension... Rose est enfermée dans la prison domestique. Le passage qui précède nous la montre dans sa cuisine, affairée à des tâches ménagères. La poule qui « se lève d’un air tranquille », qui, après la bagatelle, « s’étend sur le fumier » est aussi lascive que Rose dont elle est finalement, pour employer un terme à la mode, une sorte « d’avatar » !

Et le coq, parlons du coq ! Ne rappelle-t-il pas le vaniteux Bel-Ami, héros d’un roman façon « amour, gloire et beauté » avant la lettre ! Il est « superbe ». Comme son avatar romanesque, il « choisit » ses poulettes afin de mieux pouvoir ensuite « compter ses triomphes » et accroître le bruit de sa renommée ! Un coq propulsé au sommet de l’Etat ! Un bel-ami portant crête et culotte à poils !

 

Highland-beef2.jpg

Voir les commentaires

Un devoir fondé sur le jeu de la focalisation interne

Publié le par Eric Bertrand

                En guise d’application à la leçon, j’ai demandé aux élèves de décrire un lieu de deux façon, d’abord en utilisant un « point de vue ominiscient » (qui indique tout ce qu’ils savent sur ce lieu) puis un point de vue interne, en changeant d’optique. Le résultat était intéressant, plutôt réussi et, chose rare pour le correcteur de copies de collégiens, plaisant à lire ! En voici le bilan...

 

- Une jeune fille sensible au romantisme d’une plage bretonne.

- Un skater attentif aux variations du terrain sur la place de l’Hôtel de ville.

- Une joggeuse aveuglée par la blancheur de la Place Verdun.

- Une petite fille perdue dans un magasin de tissus.

- Un petit garçon à Palmilud : deux visions : « L’odeur du chlore prenait à la gorge » / « ça sentait bizarre »

- Un petit garçon dans les galeries du Leclerc.

- Un petit garçon avec son grand-père au pied de la Tour Eiffel.

- Un joueur de pétanque face au skate parc de Périgny.

- Le gérant du magasin Leclerc.

- Un chien devant un espace culturel.

- Un supporter au stade rochelais.

- Une coiffeuse excédée par sa cliente dans un salon de coiffure.

- Une danseuse dans la grande salle du Palais des Arts.

- Un chat régnant dans le grand jardin de la famille

 

cheval.jpg

Voir les commentaires

Le regard des autres

Publié le par Eric Bertrand

 

                   L’un des aspects qui m’intéressent dans le travail du romancier, c’est celui qui consiste à voir le monde à travers le prisme du regard. Surtout si ce regard nous amène loin de l’horizon du convenu. C’est ce que l’analyse littéraire a coutume de nommer « focalisation interne » ou « point de vue interne »...

                  J’ai eu plaisir à approfondir cet angle de vue en écrivant « l’Organisme » puisque mon « héros » empruntait à la fois de la nature de l’ado et de la nature de l’insecte. Ce point de vue de narration reste un peu abstrait pour des élèves de collège et j’ai pris plaisir à leur montrer ce petit film dont les vertus sont à la fois humoristiques et pédagogiques. L’exercice d’écriture que je leur ai confié ensuite a été réussi par beaucoup et j’en fais un bilan demain.

 

 

Voir les commentaires