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"Valse avec Bachir"

Publié le par Eric Bertrand

           Petite pause dans cette balade à La Rochelle qui reprendra d’ici quelques jours, le temps d’infiltrer quelques articles relatifs au cinéma et à son actualité récente. Les deux films auquels je me consacre ces jours-ci tournent en ce moment dans les cinémas de La Rochelle car ils sont programmés pour les lycéens et collégiens dans le cadre de leur ouverture au septième art. Commençons par « Valse avec Bachir ».

 

           Toute démarche impliquant la mémoire est à la fois intéressante et troublante,  notamment dans le domaine des œuvres d’art : cinéma, photographie, peinture, musique, littérature... Certains textes viennent immédiatement à l’esprit quand on réfléchit à ce domaine, à commencer par l’épisode à la fois anodin et quasi mystique de la madeleine de Proust... « Vous prendrez bien une tasse de thé ? Sucre ? Lait ? Biscuits ? Merci madame !... »

            Pas de tasse de thé ni de petits gâteaux mielleux dans le film d’animation documentaire primé au Festival de Cannes en 2008, « Valse avec Bachir ». En même temps qu’une plongée dans l’histoire récente du Proche Orient, le réalisateur israélien Ari Folman entraine le spectateur dans un douloureux parcours autobiographique.  Il choisit, en effet, non pas de raconter une histoire linéaire mais de reconstituer, à travers les « débris » de mémoire de son personnage, l’épisode insoutenable des massacres de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila auquel, dans les années 80,  il a été, malgré lui, mêlé.

              Comme l’explique dans le film un psychanaliste ami du narrateur, il arrive parfois que des pans entiers d’une histoire personnelle soient ensevelis, évacués totalement de la surface du conscient au point de disparaître définitivement. Cette opération de négation du vécu s’explique en partie par le caractère insupportable de certaines expériences. Dans ce cas-là, si on peut dire que, chez Proust, le temps perdu est une fontaine enchantée dont la source est à libérer dans la « mémoire geyser » du narrateur, on peut dire aussi que, en ce qui concerne « Valse avec bachir », la mémoire est « une mine », une mine susceptible d’exploser si, au terme d’un effort courageux, le personnage entreprend de la déterrer avec l’aide d’autres témoins du drame qui, eux-mêmes, entretiennent avec le passé un rapport à la fois trouble et dangereux.

 

 

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Rue du Paradis : balades à La Rochelle (9)

Publié le par Eric Bertrand

Les rues de La Rochelle (15)

 

              On bascule depuis deux articles entre débauche et bigoterie et les rues de la ville semblent ménager cette ambiguïté. On évoquait Evescot et couvent, recueillement et  mariettes, mais La Rochelle n’est pas un lieu dévot !

             Témoin la rue du Paradis, toute proche du port, et qui prétendait consoler les marins de l’enfer de la pleine mer entre les bras des bonnes filles. Leur présence résonnait déjà sur le trottoir, dès le fameux Cours des Dames où elles arpentaient, entre le quai et les deux tours.

              Inversement, la rue du Diable existe à la Rochelle, mais nuance, elle abritait un couvent ! De quoi déboussoler le marin en quête d’apaisement. Encore lui faut-il savoir décrypter le sens caché des choses et être capable de deviner où le diable va se loger, mais tant que Belzébuth... Les chansons de marins ne reculent pas non plus devant la tentation de belles contrepèteries !

 

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Rue de l’Evescot : balades à La Rochelle (8)

Publié le par Eric Bertrand

                En même temps qu’à la débauche avec les « dames » et les « filles de La Rochelle », il y a dans cette ville un bon nombre de rues qui nous invitent, pauvres pécheurs, sinon à « l’examen de minuit » prôné par Baudelaire, du moins au recueillement religieux parce qu’elles convoquent le souvenir de lieux saints...

                Combien de monastères, combien de couvents et combien d’églises dans les rues de La Rochelle ? De nombreuses plaques commémoratives le rappellent, à commencer par le lieu de spectacle « la Coursive », naguère marché aux poissons et jadis couvent ! Par quels stades l’homme doit-il passer pour accéder à la culture !

                 Pour ce qui est de la religion, il fut un temps où la rue de l’Evescot accueillait l’évêque de Saintes dans les murs de son monastère. Silence dans les rangs !

 

« La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
A nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s'enfuit (...)
- Vite soufflons la lampe, afin
De nous cacher dans les ténèbres » 

 

Rues de La Rochelle (23) [1600x1200]

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Cours des Dames : balades à La Rochelle (7)

Publié le par Eric Bertrand

Rues-de-La-Rochelle--2-.JPG

 

            Les chants de marins y sont-ils pour quelque chose ? Il va de soi que les « filles de la Rochelle » comme « les filles de Valparaiso » sont connues dans le monde entier... (Mais chaque pays a son port d’attache !)

            D’ailleurs, lorsque je retrouve l’un de mes amis lyonnais, il a coutume de lancer à la cantonade : « comment se portent les filles de La Rochelle ? ». Au propre comme au figuré, La Rochelle est une ville dans le vent, qui attire à la fois les marins et les sirènes, les voiles et les jupons. Cap à l’ouest ! Effet côte ouest !... Ville à la mode, ville d’élégance, toute en brise et en chatteries...

           Tandis que sur les quais, « quai des Chalutiers », « quai Simenon », « quai Duperré », « quai Valin », « quai Maubec », « quai du Lazaret » tintent les mâts, les filles balancent dans les rues leurs accessoires et leurs attributs. L’histoire de La Rochelle, c’est une histoire de femmes qui glissent depuis les rouleaux de la mer et jusqu’aux sables du Casino, entre religion et luxure.

             Elles filent sur les trottoirs et dessinent sous leurs pieds les « tapis roulants » de la grâce et de l’Elégance. Grands axes de la Féminité, « Rue des Dames » à proximité des deux tours, « Rue des Bonnes femmes » près du marché couvert, « Rue des Dames blanches »... Toutes ces dames ne courent pas après la même fumée... Ainsi, le Vice et la Vertu se frôlent-ils au centre-ville. Sur le même pavé, et derrière chacune de ces silhouettes qui remontent le passé, les bonnes œuvres prennent des visages différents...

 

 

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Rue de la Désirée : balades à La Rochelle (6)

Publié le par Eric Bertrand

         On est tout près du port et on pense aux bateaux quand on est dans le quartier de la Ville en Bois ou dans celui du musée maritime, face à l’Encan. La grande artère qui longe la mer, en face des deux tours, porte le nom du fameux Vespucci, navigateur qui, mieux que Colomb, avait « deviné » l’Amérique.

         Dans ce secteur, on tombe sur la Rue de la Désirée et, indication supplémentaire, « navire rochelais ». Comme l’écrit Baudelaire, Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir.

         La Rochelle est un port fabuleux, qui ne cesse de parler de navires. L’océan est un écran à navires, un filet aux alouettes qui comporte, dans son ventre, en toute éternité, le présent et la mémoire. La force de l’océan, c’est en effet de contenir dans sa mémoire, à la fois le « scintillement des phares », « les formes élancées des navires » et les tempêtes et les naufrages...

          Au bord de l’océan, les rues qu’empruntent les hommes peuvent parfois se souvenir.  A l’époque où des bateaux transportaient des prisonniers vers le bagne, la gabarre « la Désirée » avait fait naufrage sur les côtes de la proche ile de Ré, au large de St Clément des Baleines. 51 corps avaient été retrouvés.

          La mer est le bagne ultime.

 

Rues de La Rochelle (37) [1600x1200]

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