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Article du mois : « Bel Ami » et le coq de la basse-cour

Publié le par Eric Bertrand

                Les romans du 19° mettent souvent en vedette des figures dont le nom vaut un titre : « la Cousine Bette », « L’Homme qui rit », « Nana », « Mme Bovary », « Bel-Ami »... Tout un programme derrière ces silhouettes souvent édifiantes... Quand on est un homme chez Maupassant, on a plutôt le beau rôle, et ceci au détriment des femmes qui, la plupart du temps, ne sont là que pour assurer la loi de la reproduction au sein de la nature. Conception désabusée de la vie que le génial écrivain a probablement héritée du philosophe Shopenhauer, apôtre de cynisme.

                 Vision décoiffante de la coquette qui ne pare ses cheveux et le reste que pour tomber dans le filet d’un séducteur... Comme son maître Flaubert, Maupassant n’a d’autre projet que de « tordre le cou » au romantisme et aux idées romanesques de ces Mme Bovary qui excitent la convoitise des hommes... Combien de ses œuvres sont consacrées à ce thème ? Relisons « Une Vie » ou la petite nouvelle « une Partie de Campagne »...

                  Les jeunes filles constituent au début des proies idéales et de ce fait, elles fascinent, elles captivent... Puis le temps passe, et on les froisse, on les jette...

                  Beaucoup des contes et nouvelles campés dans la campagne normande s’intéressent au sort de ces pauvresses abusées par la finauderie d’un galant. Il ne s’agit plus alors de petites bourgeoises, de petites cousines d’Emma bien éduquées par les livres, mais de solides paysannes égarées par les feux du printemps ! Prenons le cas de la nouvelle « Histoire d’une fille de ferme » et faisons le rapprochement avec « Bel-Ami » !

Je laisse d’abord le lecteur savourer cet extrait dans lequel on découvre, au tout début de la nouvelle « Histoire d’une fille de ferme », la servante Rose qui se laisse envahir par le trouble de l’été...

Alors caressée par l'ardente lumière, elle sentit une douceur qui lui pénétrait au cœur, un bien-être coulant dans ses membres.

Devant la porte, le fumier dégageait sans cesse une petite vapeur miroitante. Les poules se vautraient dessus, couchées sur le flanc, et grattaient un peu d'une seule patte pour trouver des vers. Au milieu d'elles, le coq, superbe, se dressait. A chaque instant il en choisissait une et tournait autour avec un petit gloussement d'appel. La poule se levait nonchalamment et le recevait d'un air tranquille, pliant les pattes et le supportant sur ses ailes ; puis elle secouait ses plumes d'où sortait de la poussière et s'étendait de nouveau sur le fumier, tandis que lui chantait, comptant ses triomphes ; et dans toutes les cours tous les coqs lui répondaient, comme si, d'une ferme à l'autre, ils se fussent envoyé des défis amoureux.

Que le lecteur veuille bien savourer la richesse de cette description qui en dit long des envies de Rose. Littéralement, elle « attend le mâle » et la suite immédiate de l’histoire ne racontera pas autre chose... Mais il faut aussi apprécier la façon dont les choses s’imposent à la compréhension... Rose est enfermée dans la prison domestique. Le passage qui précède nous la montre dans sa cuisine, affairée à des tâches ménagères. La poule qui « se lève d’un air tranquille », qui, après la bagatelle, « s’étend sur le fumier » est aussi lascive que Rose dont elle est finalement, pour employer un terme à la mode, une sorte « d’avatar » !

Et le coq, parlons du coq ! Ne rappelle-t-il pas le vaniteux Bel-Ami, héros d’un roman façon « amour, gloire et beauté » avant la lettre ! Il est « superbe ». Comme son avatar romanesque, il « choisit » ses poulettes afin de mieux pouvoir ensuite « compter ses triomphes » et accroître le bruit de sa renommée ! Un coq propulsé au sommet de l’Etat ! Un bel-ami portant crête et culotte à poils !

 

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Un devoir fondé sur le jeu de la focalisation interne

Publié le par Eric Bertrand

                En guise d’application à la leçon, j’ai demandé aux élèves de décrire un lieu de deux façon, d’abord en utilisant un « point de vue ominiscient » (qui indique tout ce qu’ils savent sur ce lieu) puis un point de vue interne, en changeant d’optique. Le résultat était intéressant, plutôt réussi et, chose rare pour le correcteur de copies de collégiens, plaisant à lire ! En voici le bilan...

 

- Une jeune fille sensible au romantisme d’une plage bretonne.

- Un skater attentif aux variations du terrain sur la place de l’Hôtel de ville.

- Une joggeuse aveuglée par la blancheur de la Place Verdun.

- Une petite fille perdue dans un magasin de tissus.

- Un petit garçon à Palmilud : deux visions : « L’odeur du chlore prenait à la gorge » / « ça sentait bizarre »

- Un petit garçon dans les galeries du Leclerc.

- Un petit garçon avec son grand-père au pied de la Tour Eiffel.

- Un joueur de pétanque face au skate parc de Périgny.

- Le gérant du magasin Leclerc.

- Un chien devant un espace culturel.

- Un supporter au stade rochelais.

- Une coiffeuse excédée par sa cliente dans un salon de coiffure.

- Une danseuse dans la grande salle du Palais des Arts.

- Un chat régnant dans le grand jardin de la famille

 

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Le regard des autres

Publié le par Eric Bertrand

 

                   L’un des aspects qui m’intéressent dans le travail du romancier, c’est celui qui consiste à voir le monde à travers le prisme du regard. Surtout si ce regard nous amène loin de l’horizon du convenu. C’est ce que l’analyse littéraire a coutume de nommer « focalisation interne » ou « point de vue interne »...

                  J’ai eu plaisir à approfondir cet angle de vue en écrivant « l’Organisme » puisque mon « héros » empruntait à la fois de la nature de l’ado et de la nature de l’insecte. Ce point de vue de narration reste un peu abstrait pour des élèves de collège et j’ai pris plaisir à leur montrer ce petit film dont les vertus sont à la fois humoristiques et pédagogiques. L’exercice d’écriture que je leur ai confié ensuite a été réussi par beaucoup et j’en fais un bilan demain.

 

 

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Gulliver et la valse des chiffres

Publié le par Eric Bertrand

                 L’un des intérêts du travail en équipe autour d’un projet et celui qui permet l’échange avec les collègues... Une idée rebondit et rend plus perceptible la pertinence de l’interdisciplinarité. Ainsi ce message reçu hier de la part de mon collègue de maths à propos de la scène du « vide-poche » de Gulliver !

 

Mes objets trouvés dans la poche du géant sont assimilés à des nombres du plus petit au plus grand physiquement taillés dans des matériaux différents, témoignage de ses voyages.

aussi, si cela te convient, tu peux peut-être axer les trésors trouvés dans les poches de Gulliver sur ces fameux nombres divers et variés.

 

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Comment réécrire « les Voyages de Gulliver » ?

Publié le par Eric Bertrand

                    Le spectacle sera une fable sur l’Autre, sur sa différence, le malaise qu’il engendre d’abord, les réactions d’hostilité, de répulsion et de fascination. Puis les échanges véritables que suscite ensuite l’entrée dans le dialogue et le recul que donne la prise de conscience de la relativité des regards et des cultures.

 

Scène 1 : affolement à Lilliput un jour de grand vent... Le « géant » est échoué sur le sable de la plage. Il est inconscient. Le village de Lilliput est situé à quelques kilomètres de lamer mais le vent fort emporte des objets légers qui appartiennent à Gulliver. Ces objets arrivent au-dessus de la ville et des Lilliputiens témoins décrivent avec leurs yeux de Lilliputiens ces « objets volants non identifiés ». Exemple du chapeau p46.

 

Scène 2 : la plage et l’encerclement du géant... Le peuple de Lilliput descend jusqu’à la plage et découvre le naufragé. Ils l’attachent. Jubilation et « danse de totem » autour de Gulliver.

Paroles violentes et discrimination de la grande taille. Imaginez des métaphores dégradantes pour désigner les parties du corps vues par le regard moqueur des Lilliputiens. 

La scène du « vide poche » (inspirée du chap1 : p38-39). Après la « kermesse » du peuple, les « sages du pays » interviennent pour calmer « l’escalade » et mettre de la raison dans la découverte de cet « autre » qu’ils ne parviennent pas eux non plus à identifier. Une ambassade de scientifiques est désignée pour vider les poches. Ils y découvrent de drôles d’objet dont ils ne comprennent pas la fonction. Que trouvent-ils dans les poches du géant ? Comment identifient-ils ces objets qu’ils ne connaissent pas forcément ?

 

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