L’expression « coup de foudre » fait partie de ces expressions tellement banalisées
qu’elles sont rentrées dans le domaine neutre de l’usage et qu’on en oublie les métaphores qui les motivent. En l’occurrence, « le coup de foudre » examine l’état particulier de l’être
humain soumis à un choc profond, à un traumatisme provoqué par la « foudre » d’une simple rencontre.
L’explorateur de l’âme humaine qu’est Zweig invente une fiction dont le personnage est victime d’une secousse
interne qu’il nomme « amok » (c’est le titre de la nouvelle)... l’amok est un mal pétrifiant, une « rage », une « monomanie » qui surprend le narrateur de
l’histoire. Il est médecin dans un coin perdu de Malaisie (atmosphère lourde, épaisse digne de l’Afrique de Céline ou de « Equateur » filmé par Gainsbourg, et une
patiente vient le voir pour lui demander de la débarrasser de l’enfant qu’elle porte. La chose est urgente, le mari, parti depuis plusieurs mois est sur le point de revenir...
Pour des raisons un peu floues, le médécin refuse d’abord, ou plutôt propose un marché douteux... La
jeune femme est offusquée, elle part aussitôt. Alors « l’amok » entre en jeu. Le narrateur se sent soudain comme aliéné. En proie à une idée fixe, il se lance à la poursuite de cette
femme fatale qui vient à peine de quitter son cabinet. Il abandonne tout derrière lui, il polarise sur cette silhouette unique à ses yeux et n’est déjà plus que le jouet des
événements.
Dans cette montée en puissance de celui qu’on appelle désormais « la
Locomotive », Echenoz s’attache aussi à décrypter l’attitude de la presse sportive amatrice de coups d’éclats. Il suit de près ceux qui d’abord se réjouissent du
« phénomène » puis finissent par se lasser du champion qui rafle tout et ne laisse plus aucune surprise. Il s’intéresse également à la présence des pouvoirs politiques qui tirent les
ficelles. Au cours des compétitions, Zatopek représente ce qu’on appelait à l’époque « un pays de l’Est ». Le coureur n’est pas libre de ses mouvements. Il s’entraine
et s’habille en rouge, s’entraine et s’echauffe derrière le fameux « rideau de fer ».
Peut-être cela contribue-t-il à nourrir la légende. Echenoz va dans ce sens quand il passe en
revue les lettres de ce nom désormais auréolé :
Son patronyme devient aux yeux du monde l’incarnation de la puissance et de la rapidité, ce nom s’est
engagé dans la petite armée des synonymes de la vitesse. Ce nom de Zatopek qui n’était rien, qui n’était rien qu’un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois
syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyable en trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupapes scandé par le « k »
final, précédé par le « z » initial qui va déjà vite, on fait « zzz » et ça va tout de suite vite, comme si cette consonne était un starter. Sans compter que cette
machine est lubrifiée par un prénom fluide. La burette d’huile Emile est fournie avec le moteur Zatopek.
Le livre raconte la carrière de ce coureur atypique qui ne se sentait pas forcément attiré par la course à pied ou le sport mais qui a profité de son talent pour abandonner
l’usine tchèque Bata où il était employé.
La première partie de l’ouvrage s’emploie à montrer comment le champion s’est peu à peu imposé sans y croire,
avec son air débonnaire et une façon désinvolte de représenter son pays lors des compétitions internationales. L’écrivain s’amuse alors à évoquer les premières courses et à
chaque fois le « record tchécoslovaque qui tombe »... Mais aucune victoire ! Toujours la même plaisanterie pour ce borgne au pays des aveugles... jusqu’au moment
où, à Dresde, agacé par des circonstances ridicules (il manque de rater le départ et doit piquer un sprint in extremis...) « le borgne » illumine tout un stade !
Le champion a une façon bien à lui de courir. Rien de très orthodoxe dans le mouvement des bras, le
dodelinement de la tête, le jeu de jambes... Et pourtant d’une diabolique efficacité.
« Cette machine est un moteur exceptionnel à laquelle on aurait négligé de monter une carrosserie »... Le tigre sous le moteur demain !
J’ai grandi dans un milieu où l’on aimait les héros populaires et les champions à
panache. Avec un grand-père qui avait hissé le cyclisme au rang de 7° art et un grand-oncle qui pratiquait de façon cabocharde le marathon, des figures comme celle de Poulidor ou de
Zatopek faisaient partie de la famille et venaient régulièrement accomplir leurs numéros parmi nous à certaines périodes de l’année.
Quand j’ai commencé tout naturellement à m’intéresser au cyclisme, à chaque fois que j’enfourchais mon
vélo, j’avais droit à « Vas-y Poupou ! »... (Mais pourquoi pas « Vas-y Bartali ! » ou « Vas-y Coppi ! » avec un grand-père italien,
c’est une question qu’il faudra poser !...) Et puis je me suis mis un peu plus tard (autour de 17 ans) à la course à pied et là, ce fut inévitablement : « Vas-y
Zatopek ». Au moins un signe que l’adolescence était passée par là, et que j’avais grandi puisque changé de surnom !
C’était il y a très longtemps au temps de mon adolescence ! Et en ouvrant le roman de
Jean Echenoz : « Courir », j’ai d’abord eu la sensation d’entendre à nouveau le « Vas-y Zatopek ! » et j’ai même cru revoir le geste de petite foulée que ma
grand-mère faisait pour accompagner son encouragement ! Je reviens demain sur ce livre.
Les 6° sont "prêts" pour partir à l'aventure !
Je leur ai montré ce matin le film et la chanson du spectacle de l'an dernier "le grand amour du Petit Prince" disponible sur le site "vie pédagogique" et j'en ai profité pour
leur expliquer le cadre de la pièce. Elle se déroulera comme l'an dernier dans l'enceinte du collège et aurait lieu a priori le 27 mai au soir. (Il n'est peut-être pas
souhaitable de les faire jouer devant les autres élèves, l'expérience de l'an dernier nous l'a fait sentir)
Notre équipe aujourd'hui constituée comporte les collègues opérant dans les matières suivantes :
- Mise en scène.
- Histoire géo.
- Arts Plastiques.
- Anglais.
- Maths.
- Technologie.
- Français.
Il nous faudrait aussi l’appui du prof de musique (les élèves semblent très déterminés à chanter cette fois-ci!)
Martine intervient une première fois avec la classe mercredi prochain 13 octobre entre 9h30 et 11h30. Pour les familiariser avec l'oeuvre de référence, je leur distribue un document de recherches
sur Gulliver à compléter.
En effet, pas de lecture globale de "Gulliver" en cours (trop dur et austère par endroits) mais des extraits.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/