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La revanche de l’albatros

Publié le par Eric Bertrand

Au large des îles Kerguelen, on prépare les albatros à de nobles missions… Ainsi, ces « princes des nuées » trouvent-ils là une occasion de prendre enfin leur revanche sur les lourds « hommes d’équipage » qui, naguère, faisaient d’eux leurs bouffons au cours de leur interminable traversée « sur les gouffres amers ».

En effet, ces « vastes oiseaux des mers » qui ne nourrissent aucune rancune contre leurs ex-bourreaux, acceptent avec grâce la mission qui leur est confiée. Quand ils viennent pointer, on les équipe d’un petit sac, gros comme un bec, et à l’aide duquel ils ont le pouvoir d’examiner tous les bateaux « glissant » dans le secteur, ceux qui jouent de l’archer et ceux qui jouent du brûle-gueule.

L’ombre de leurs pattes passe tout près des planches des bateaux et captent aussitôt les moindres signaux suspects que leur renvoient malgré eux les mauvais mimes et les boiteux. Cette balise qui« hante la tempête et se rit de l’archer » ne pèse pas plus de 40 grammes, et dote le « voyageur ailé » d’une aura d’autorité.

Plus besoin de « brûle-gueule » pour lui apprendre à fumer et à se vautrer dans la boue du bateau. Au contraire, avec une parfaite indolence, ils envoient à ceux qui les écoutent et à ceux qui les aiment de précieuses informations.  Avec « leurs grandes ailes blanches », ils travaillent pour la planète, bien mieux qu’une caméra vidéo. Capables aussi bien de descendre parmi les brutes pour réguler la pêche en mer que de remonter aussi vite vers l’Azur, ils restent plus que jamais « les princes des nuées ».

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai des envies d’Iles Shetlands, d’Orcades et d’Hébrides et quand je vois s’envoler tous ces « oiseaux clabaudeurs aux yeux ronds », tous ces « millions d’oiseaux d’or » qu’il y a là-bas, j’aimerais qu’ils rejoignent ces brigades d’albatros et qu’ils mettent des balises à leur bec pour venir jusqu’à nos rivages réguler un peu la folie des hommes…

 

 

La revanche de l’albatros

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Maintenant que Johnny en parle au diable

Publié le par Eric Bertrand

Maintenant que Johnny en parle au diable

Johnny Rider a définitivement jeté sa Harley dans le fossé, quelque part entre Vallée de la Mort et Monument Valley. Et il défie le diable. Quand le masque tombe, quoi sa gueule, qu’est-ce qu’elle a, sa gueule ?

La voix est forte, arrogante, virile. « J’en parlerai au diable… » et elle tient toujours le même discours… « Je n’ai jamais mis les pieds dans une église, je ne sais pas prier »… Ce « fou d’amour » a des choses à lui dire et ce dernier « saura l’écouter ».

Et que lui dit-il ? Allumez le feu ? En tout cas, il ne recule pas. Il a la rock’n’roll attitude et c’est sans masque qu’il crache dans le micro pour chanter ses idoles. Sa religion à lui, elle est ailleurs que chez le diable, dans le regard de la fille de l’été dernier, du square, ou de celle qu’il croise tous les matins, Sarah, Marie, Gabrielle, Laura…

Et tant pis si d’un seul coup le ciel n’est plus pur, il est « libre dans sa tête ». De toute façon, il sait que « c’est quand on n’y croit plus que le ciel vous entend ».

 

 

 

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Baudelaire sous le masque

Publié le par Eric Bertrand

Qu'en penserait l'ami Charles ?
"Quand le masque bas et lourd pèse comme un couvercle / Sur la bouche et le nez en proie aux longs ennuis / Et que du sourire embrassant tout le cercle, il nous verse un jour noir, plus triste que les nuits !"
Baudelaire sous le masque

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Le clan Mac Areux sur les falaises du Caithness

Publié le par Eric Bertrand

En bord de mer, ils sont l’obsession des promeneurs, ces petits oiseaux clowns au bec bariolé et aux allures d’Arlequins… En Écosse, on les trouve sur certaines falaises de la côte nord et notamment dans le Caithness. Ils sont très difficiles à repérer du fait de leur petite taille et des anfractuosités de rochers qu’ils choisissent pour nicher…Si on veut assister à leur numéro, il faut prendre le temps de s’arrêter et d’attendre, allongé en face de l’une de ces hautes roches inaccessibles – les broughs - qui sont les citadelles des oiseaux de mer, des « princes des nuées » dirait Baudelaire…

C’est à Holborn Head, à un bon kilomètre du phare de Scrabster près de Thurso, que viennent se nicher entre début mai et fin juillet quelques spécimens de ces macareux moines. Les cormorans, mouettes, guillemots et autres goélands attirent d’abord l’attention parce qu’ils sont beaucoup plus nombreux et “démonstratifs”. Au contraire, on dirait presque que nos petits acteurs fantasques recherchent la discrétion et l’anonymat sous leurs costumes peints.

Planqués au creux de la roche, ils se tiennent debout dans la coulisse. Ils attendent le moment de la parade pour exécuter un numéro de haute-voltige. Super-héros miniatures, chauve-souris de plein jour qui auraient chipé des habits de foire, ils se décident enfin à plonger dans la grande cape bleue de la mer où brillent encore des étoiles. Que le spectacle commence ! Le temps d’une dégringolade, les petites ailes battent à toute vitesse, jouent des griffes et du sgean dhu, aiguisent le bec.  

Et on voit voltiger l’un après l’autre, dans cet immense théâtre en plein air, les kilts minuscules du clan Mac Areux, ornés du tartan orange et jaune.

Le clan Mac Areux sur les falaises du Caithness

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Vertiges de la rue de Verneuil A l’occasion de l’ouverture prochaine de la maison Gainsbourg

Publié le par Eric Bertrand

Vertiges de la rue de Verneuil A l’occasion de l’ouverture prochaine de la maison Gainsbourg

Rentrer rue de Verneuil, c’est pousser un portail magique…

C’est suivre un malin génie, un « petit lapin de play boy » qui vous conduit dans le labyrinthe jusqu’au « pays des malices de Lewis Caroll ». Des escaliers, des couloirs sans fin se succèdent, ruelles, culs de sac, rues X aux stationnements interdits par la loi…

Il y a des Vénus d’argent, des Aphrodite, des Salomé, des bronzes et des médailles d’Imperator. Des chambres flacon, imprégnées de parfums baudelairiens, des boites de rahat-loukoums à la rose qui rebondissent sur la nuque boum boum et un hanneton dressé sur une tête héliport d’hélicoléoptère. Des verres d’eau de Selz, des cigarillos, de l’héroïne, de la poussière d’ange, « mon bel ange, ma toute belle ». Il y a aussi des chambres à échos pour Des Esseintes, des enceintes à la sono lançant accords de quartes et de quintes.

On ouvre la lourde portière de la Silver Ghost de 1920 ou celle de la Ford Mustang et on circule dans les allées, sur les trottoirs où passent en vertige les ailes de la « Princesse des Ténèbres », le bubble gum de Lolita, la paire de Lewis d’Alice et toutes les « liaisons clandestines ». « Ange Gabriel, me pardonnerais-tu mes rêves démentiels ? Labyrinthe obsédant. Couleur absinthe, odeur du temps. Plus rien ne sera-t-il comme avant ? »

http://ericbertrand-auteur.net/Verneuil.htm

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