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Publication de "Dévalisée"

Publié le par Eric Bertrand

"Dévalisée" est enfin disponible cette semaine. Le roman vous convie à un voyage vers le nord de l'Écosse et sans obligation de quarantaine !

Et pour patienter, voici un aperçu en images des tribulations de cette petite valise que beaucoup d’entre vous ont croisée l’été dernier…

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Quinze kilomètres de St Martin ou la ronde du temps sur Ré la Blanche

Publié le par Eric Bertrand

Port de Saint-Martin de Ré, 18h00, ciel limpide et bleu de carte postale au-dessus de la petite foule estivale massée tout autour du bassin vers lequel s’élancent en pagaille coureurs expérimentés, vacanciers surexcités, et amoureux du bord de mer et de l’effort solitaire. Dossards en pavillon sur le torse. Petites puces (de sable ?) sous les lacets des chaussures pour calculer le temps ou simplement remonter le sablier d’or de l’été... Déjà les mâts tintent sous le vent de marée que le commentateur annonce « casse-pattes » pour le retour. C’est parti pour les quinze kilomètres de St Martin.

             Cours ! Sur les pavés inégaux tout autour du port, et sous les acclamations de la petite foule débraillée, portant chapeaux, lunettes de soleil, débardeurs, maillots de bain, tongs, ambre solaire et MP3. Cours ! Sur les remparts, devant la citadelle. Merde à Vauban ! Cours, jusqu’à la plage de la Cible où, petit, tu venais croquer du chocolat et, à la marée montante, construire des châteaux en Espagne. Ne t’attarde pas, tes parents ne sont plus sur les nattes, allongés sous le parasol. Ils ont déserté la plage, ils applaudissent avec les autres dans un autre espace-temps.

             Petites ruelles qui font la transition avec le sentier de terre qui ramènera à la plage. Le rythme est rapide, les coureurs concentrés. Devant les maisons à volets toujours verts, les roses trémières courent elles aussi le long des murs, longues, élancées, silencieuses. Vigoureuses coureuses des grands déserts, coiffées de casquettes roses, mauves et blanches, elles sont l’esprit de la course... Des chats paresseux se pelotonnent en haut des murs blancs, ouvrent un œil félin sur ces piètres chasseurs sans griffes qui s’essoufflent dans cette savane surchauffée un beau jour de juillet.

             « The eye of the tiger »... Ecouteurs mal posés sur les oreilles, remontant de l’arrière, un coureur plus teigneux règle sa foulée sur l’air de Rocky Balboa. La musique envahit l’espace du ring improvisé. La poussière du chemin monte un peu plus vite, soulevée par les baskets et la puce de sable. « So many times it happens to fast... » Rocky Balboa n’a fait que passer, il a filé, fondu dans l’horizon de la mer...

             Du côté de l’Aiguillon, l’espace s’élargit. Jardins et pelouses des villas font face à la mer et s’ouvrent sur le sentier des douaniers. Jets d’eau aspergés sur les torses des coureurs. Odeur forte de coquillages. Goût des huitres savourées ce matin sur le port et perle des vacances sur le fond de nacre d’une tasse de café. En ce moment, tu bois la tasse tous les jours !

             Sur le bord du chemin, des enfants artificiers réclament des étincelles ou des claques à la main des coureurs. En échange, ils balancent des éponges, des bruines rafraîchissantes et des pétards d’eau et de lumière. Sous les arbres, le village de La Flotte offre un couloir de rafraichissement, une allée des Champs Elysées dans la petite course homérique. Et sur le port, tu croises déjà les coureurs en tête. Ils glissent sous d’autres latitudes, comme des voiliers de compétition.

             Plage de l’Arnérault, grand soleil, ponton sur lequel, comme sur les planches d’un stade, un groupe d’ados fait semblant de courir. Lumière, action ! Ils ralentissent la cadence. Effort maximal, bouche ouverte, muscles tendus, arrêt sur image. Ils plongent. La vie est un théâtre ! Rideau.

             Et tout à coup, l’ombre majestueuse et redoutable de l’abbaye, le changement de bord, la bonne claque de vent sur le visage, sur les cuisses, dans le ventre. Un coup sur la tête ! Retour sur tes pas. Pénitence ! Sentiers déjà foulés. Crampes fatales. Chutes. Coups de barre. Odeurs de crème de massage qui remplacent le goût des roses trémières et celui des huitres.

             Assez rigolé. Les ados ont déserté le ponton. Les matous sont partis. Les organisateurs ramassent les gobelets et les jettent dans des sacs poubelles couleur nuit. Le soleil s’est incliné. Les bénévoles jettent les éponges et la foulée décline derrière le vol cassé des goélands. La mer monte toujours. Le ciel déteint. On dirait que toutes les couleurs se précipitent du côté de  la ligne d’arrivée.

             Sur la plage, les baigneurs ont ramassé leurs serviettes et leurs nattes. Au bord de l’asphyxie, un coureur aux cheveux blancs s’est arrêté. Deux autres concurrents lui tapent l’épaule en passant. « Allez gars, décroche pas, c’est bientôt l’arrivée ». Indifférents aux rumeurs et à l’excentricité du soir, les ânes en culottes sont rentrés. C’est l’heure du cornet de glace, fraise, citron, pistache… Du chichi, de la gaufre ou du tour de manège face au Palais de la Gourmandise. Quand tu étais petit, tu venais là avec tes parents manger un beignet et savourer le goût des vacances. Tu avais droit au tour de manège, parfois deux si tu attrapais la queue du Mickey... La queue du Mickey, elle est au port.

             Passée la citadelle, un dernier tour au cœur de Saint Martin transformée en arène d’été. Fragments de lumière, visages, pavés, tables de restaurants, bateaux alignés dans le port, tintements des verres et des assiettes... Main d’une fillette dans la grosse main de son grand-père : « attention petite, ça va très vite, ils pourraient te renverser comme des voitures de course ! » Rire frais, cristallin de la gamine. Quenottes blanches, joues roses, rougissant un peu sur Ré la Blanche. Déjà, on s’attable en terrasse et on parle des projets de vacances ou de projets d’avenir.

             Du côté du Palais de la Gourmandise, ça sent le beignet, les frites et la saucisse grillée. Le manège tourne à toute vitesse, en même temps que les enfants et que les vieux tubes, lorsque tu franchis la ligne d’arrivée :

 

A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Regarder le soleil qui s'en va
Te parler du bon temps qu'est mort et je m'en fous
Te dire que les méchants c'est pas nous
Que si moi je suis barge ce n'est que de tes yeux
Car ils ont l'avantage d'être deux  

Et entendre ton rire s'envoler aussi haut
Que s'envolent les cris des oiseaux
Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie et l'aimer même si
Le temps est assassin et emporte avec lui
Les rires des enfants et les mistral gagnants

Ré

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Le petit bois de trousse confinement

Publié le par Eric Bertrand

Dans le poste radio tu as entendu Ferré, Nougaro et Aznavour chanter l’île de Ré, et le mirage de « l’îlot majuscule » se formait derrière les « phrases vermeilles » de ces navigateurs des mots. Ré. Ferré. « Merde à Vauban », et « aux vieilles qui te guettent derrière leurs volets ».  Trousse-Chemise et trousse-syntaxe, du côté du « phare de sirène du cap des Baleines » qui éclairait « le flacon d’encre ».

Dans l’île de Ré, « la mer est grise et puis verte et tu l’es aussi ». « Merde à Vauban » et au mitard. Aujourd’hui enfin, tu longes « les murs blancs » et « la route blanche »,  et tu t’en vas jusqu’aux « Portes, tout près de la rive brodée de salive nacrée ».

« J’aime les nuages, qui passent là-bas, là-bas, les merveilleux nuages… » Et bien ça y est, dans l’ile de Ré, « tu vois passer les nuages » et « la fleur marine, par les deux narines grise ta poitrine ».

« L’eau imbuvable, lessive palpable », t’arrachent le masque et toutes les attestations de déplacement.

On coupe le bois de la cage dans le petit bois de Trousse-Chemise.

 

Ile de Ré

Ile de Ré

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Théâtre et intelligence artificielle

Publié le par Eric Bertrand

Voici un petit échange entre comédiens illustrant la thématique de la pièce « Robeaux et Robelles » (Morvenn Editions) qui devait être représentée au lycée cette semaine et qui a dû être annulée du fait des mesures sanitaires : la pièce traitait de la relation à l’intelligence artificielle dans le monde de l’entreprise. Dans ce court extrait, deux personnages s’affrontent, un humain et son avatar.

 

Robelle / Robeau : Je suis le masque que tu portes, mais moi, je n’ai pas besoin de masque. Je n’envoie pas tes postillons et mes gestes n’ont pas de barrière. Je n’ai pas tes défauts, tes failles, tes distractions. Pas de trous de mémoire, pas de coups de fatigue ni de coups de gueule. Je suis une force de travail bien briefée, formatée, toujours au top et je suis « soft power ». Je suis ton homme augmenté.

 

Humain : Tu n’es rien. Tu n’es pas un comédien. Tu n’es qu’un masque. Tu n’as pas de souffle, pas de voix. Pas de démangeaisons derrière tes puces en silicone. Tu ne peux pas trembler. Tu ne sais rien du théâtre. Tu ne captes ni l’odeur, ni la tiédeur des salles. Le théâtre ne te descend pas dans le ventre. Tu ne donnes rien au personnage que tu joues, ni l’émotion, ni la moiteur, ni les tripes. Moi, je suis le produit de l’épaisseur du temps. Toi, tu n’agis qu’en fonction des mises à jour.

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Hommage à Jean-Loup Dabadie : "tu nous manques"

Publié le par Eric Bertrand

Quelques-uns de ses textes ont été chantés par Polnareff et surtout Julien Clerc et ils sont sur toutes les lèvres : « On ira tous au paradis », « Lettre à France », « Tu me manques », « À la fin je pleure », « L’assassin assassiné », « Quelle heure est-île Marquise ? », « Les Oiseaux dans les arbres », « Femmes, je vous aime », « Partir », « On peut rêver », « le temps d’aimer », « Style Ming », « ma doudou », « ma Préférence », « Partir », « « Le Cœur trop grand pour moi », « je Suis mal », « on peut rêver », « Elle danse ailleurs », « Elle faisait la la », « Tant d’amour », « les amours sans larmes », « à son cou, à ses genoux », « Respire », … Autant de titres que Jean-Loup Dabadie a écrits.

 

Tu nous manques…

À la fin, on pleure.

Mais quelqu’un que j’aime et qui m’aimait lisait un livre de … Dabadie. Cette personne, cet écrivain, c’est style Ming !

« La marquise sortit à cinq heures »…

Quelle heure est-île Marquise ? Tenir l’un de ses livres, c’est comme une confidence, un doudou. On se demande quel jeu on joue et on a le cœur trop grand. On est à son cou, à ses genoux. On ressent tant d’amour, mais sans larmes et on s’écrie : « Je suis mal… Respire ! Livre fameux, je vous aime ! »

Avec lui, on peut apprendre à lire, partir, rêver … on ira tous au paradis.

Et on se dit que Dabadie a encore ses préférences et qu’il danse ailleurs, avec ses mots qui dansent et les oiseaux dans les arbres. Et nous autres lecteurs, il nous suffit encore de faire la la pour prendre le temps de l'aimer.

 

 

 

Julien Clerc; Dabadie; Variétés

Julien Clerc; Dabadie; Variétés

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