Ennio Morricone, la musique qui tire des larmes
Extrait du dernier magazine "Derrière l'écran" de janvier 2023, dans le cadre du Festival La Rochelle cinéma, hommage à Ennio....
Extrait du dernier magazine "Derrière l'écran" de janvier 2023, dans le cadre du Festival La Rochelle cinéma, hommage à Ennio....
Baudelaire fait du parfum le déclencheur du « langoureux vertige » de la poésie et de la métamorphose du monde. Le lecteur envie au poète sa capacité à sentir et à décrypter une autre réalité à travers la fonction olfactive que l’hallucinant roman « le Parfum » de Suskind met en avant.
Le héros, Jean-Baptiste Grenouille est en effet une créature étrange qui a cette particularité de détecter le monde qui l’entoure rien que par les narines, ce qui lui donne le talent du parfumeur et l’imagination du créateur de parfum. Mais jusqu’où peut-il aller pour pousser l’alchimie jusqu’à ses limites extrêmes et trouver l’essence idéale, celle qui fait tomber à la renverse ?
Le surfeur est un poète qui balance sa planche comme une plume dans l’encrier du flot. « Homme libre, toujours tu chériras la mer ». La page, elle non plus, n’est jamais blanche, oscillant entre écume et crête, toujours imprévisible, toujours recommencée. De la même façon, Baudelaire est un de ces poètes qu’il faut suivre « dans le déroulement infini de sa lame ». Beach Boy on a riding surf...
Qu’on relise seulement « Parfum exotique », « la Vie antérieure », « l’albatros », « la chevelure » ou « l’homme et la mer »... on y prendra peut-être le plaisir qu’on trouve à contempler les figures d’un surfeur en équilibre qui s’amuse des hasards du flot.
Baudelaire trouve sa correspondance dans la figure du surfeur. « Nageur qui se pâme dans l’onde », dans les « lames », les « houles », le mouvement de la poésie, le balancement du vers, il entraîne le lecteur dans son sillage...
Mais avant l’ascension vers la crête, avant le branle, il y a eu chez lui, comme pour le surfeur sous l’emprise du manque, l’attente intense et le guet du rouleau. Et tout à coup, le voilà qui décolle...
Baudelaire est le poète de la captation du mouvement. Chez lui, tout passe par la plante du pied, cette racine de la sensation ! La chaleur d’un corps, l’odeur d’un sein, le mouvement d’une chevelure aimée imprime définitivement en lui la cadence du poème. Alors, il s’en va, alors il épouse cette ascension vertigineuse au cœur des lames.
Ce poète magicien des « Fleurs du mal », c’est celui qui a perdu à 8 ans ce père dont il était si proche, prêtre dandy défroqué âgé de 60 ans, celui qui a fait de sa jeune mère de 20 ans une idole au point de ne vouloir fréquenter que des « prostituées laides », celui que son beau-père exécré, le général Aupick, a envoyé de force aux Indes et qui n’a eu qu’une idée en tête, rentrer à Paris pour retrouver les jupons de sa mère, celui qui, usé de syphilis et d’opium, finira sa vie en Belgique où il ne sera plus capable que d’articuler une seule expression : « Cré nom ! »
C’est pourtant « le poète impeccable », le nageur « qui s’est pâmé dans l’onde », le poète qui a métamorphosé la charogne en or et qui a trouvé dans le voyage et les ressources de son esprit, l’élan de l’albatros.
Les premiers salons de coiffure dans lesquels m’amenait ma grand-mère sentaient la brillantine : je revois l’image d’un toréador pailleté sur le flacon, avec son visage de Tino Rossi, j’entends la chanson « Marinella, reste encore dans mes bras… » que chantait ma grand-mère dans sa petite cuisine de l’appartement située sur l’avenue du XX° Corps américain, à Montigny les Metz… C’est cette odeur si particulière de la brillantine qui a, tout autant que la madeleine, le pouvoir de ressusciter un peu de temps perdu.
Dans le roman « Clara lit Proust » c’est justement dans un modeste salon de coiffure de la ville de Chalon que le lecteur fait la connaissance de Clara et des autres figures pittoresques qui circulent dans ce périmètre où règnent le sèche-cheveux et la cisaille. Rien a priori qui puisse laisser la place à une quelconque mise en plis proustienne dans ce « salon Verdurin » de quartier où l’on trouve que Proust, c’est rasoir !
Clara est une bonne coiffeuse et pour elle comme pour Stéphane Carlier qui connaît bien son Proust et la permanente beauté de son oeuvre, il suffit d’une bonne coupe pour révéler l’épaisseur et la souplesse du cheveu.