Comment, en tant qu’individu membre d’une collectivité, réagir au sein de la cité lorsque cette dernière est confrontée à une menace réelle ? Qu’elle soit de nature épidémique comme la peste qui envahit la ville d’Oran ou idéologique comme la pensée du nazisme qui sous-tend cette œuvre écrite en 1947 par Camus, il faut s’impliquer, dans un sens ou dans un autre.
Camus se positionne à la fois comme un chroniqueur (le docteur Rieux engagé dans la lutte contre la peste aux côtés de quelques autres) et comme un philosophe, analyste de la condition humaine... Chemin faisant, à bord du vaisseau infesté, il ne cesse de s’interroger sur la grandeur et la petitesse de l’homme soumis à ces conditions extrêmes.
Car en effet, dans cette ville qui « ressemble à une salle d’attente », lorsque la mort borne tout l’horizon, elle établit une sorte de frontière, de quarantaine, et elle conduit l’écrivain (et le lecteur) à s’interroger sur sa propre fin.
Que se passe-t-il dans l’environnement immédiat d’Olivier Bécaille au moment précis où la mort le frappe ? Comment la lumière parvient-elle encore à filtrer derrière ses paupières ? Comment les oiseaux persistent-ils dans leur chant ? Quelle orientation les voix prennent-elles et quels visages découvrent ceux qui le connaissaient ?
C’est la question que pose Zola dans cette nouvelle qui n’a rien de surnaturel. En effet, le cas de catalepsie qu’il rapporte est bien d’une nature sinistrement réaliste. Pour reprendre cette formule d’un personnage de Molière : « N’y a-t-il pas grand danger à contrefaire le mort ? »
Quel est le lecteur qui, comme le narrateur de Sur la route,n’a pas été tenté de suivre ce « gars de l’Ouest, de la race solaire » ?
Ce Dean Moriarty est la figure romanesque de l’écrivain vagabond Neal Cassady qui raconte ses premières années à Denver, son apprentissage de la vie et de l’Amérique des années 30, aux côtés d’un père faible et alcoolique.
Pourquoi revenir en arrière quand on a tout quitté ? On s’est coupé du monde, on a largué les amarres et on s’est éloigné de ses proches, de ses amis et de tout ce qui constituait le passé personnel… C’est en tout cas ce choix-là qu’a fait le narrateur de Port-Soudan qui ressemble beaucoup à l’auteur, l’écrivain voyageur Olivier Rolin, ancien activiste de gauche en mai 68… Dans un livre postérieur à celui-ci, cinglant et savoureux, il racontera d’ailleurs l’épopée dérisoire des « tigres en papier » dont il faisait partie.
Au cœur de ce Port-Soudan qui fait tristement l’actualité depuis quelques semaines, on le retrouve désabusé, et il suffit de la nouvelle de la mort d’un « ancien de la Cause » pour que ce passé ré émerge, emmenant avec lui un cortège de silhouettes, de rêves brisés et de drames. Son ami ne lui a laissé qu’un début de lettre, mais ce support vibrant suffit à déclencher en lui le processus et le brouillage de l’écriture contre le Temps qui a roulé sous les pavés la plage…
Il y a dans les familles des secrets qu’on enfouit et qu’on refoule derrière le masque faussement chatoyant des apparences. Jusqu’au moment de la crise et des tourments qui viennent bouleverser les êtres lorsque le passé resurgit.
Maupassant, spécialiste de l’âme humaine, opère une véritable analyse psychanalytique dans Pierre et Jean. On y observe un « médecin » qui accouche sa patiente du mal profond qui l’habite… Ce « médecin », c’est Pierre, le fils cadet, et sa « patiente », c’est sa mère, la respectable Mme Roland. Au fil des années, elle a « oublié » la blessure de jeunesse qui lui revient brutalement et qui la torture…
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
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